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Couverture du livre "Une photo existe" par JF Piquet

Paru début septembre 2021 :

Une photo existe

de Jacques-François Piquet

« J’ai voulu dire en quelques feuillets la vie de ces hommes et femmes qui m’ont fait, me constituent, auprès de qui j’ai appris, me suis nourri, que j’ai aimés et parfois réinventés faute de les avoir mieux connus. Pour chacun·e une photo existe qui l’ancre en un lieu et un moment donnés : c’est presque toujours moi qui l’ai prise. »

203 pages, 15,00 euros / Couverture : Sabine Stellittano

« Mon corps est fait du bruit des autres », rarement la formule d’Antoine Vitez aura été si appropriée pour décrire un projet littéraire. Ces dix et une Vies, tantôt bourdon sourd tantôt éclat de cuivres, composent le portrait en creux de celui qui les raconte. Mais on n’oubliera pas que la vie écrite n’est pas la vie même, que la part d’invention, de faux-semblants, est essentielle à la vérité littéraire.


Ce qu’en disent les premiers lecteurs :

Ce livre est une grande réussite et Jacques-François Piquet mériterait une plus grande reconnaissance. Ce sont onze récits, onze vies sauvées de l’oubli, par la grâce d’une écriture, par une photo aussi, puisque pour chacune, une photo existe. Des vies modestes, douloureuses, mais toujours fortes et dignes. Bien sûr on pense à Pierre Michon. Une citation en exergue y fait ouvertement référence. Comme il disait « parlant d’eux, c’est de moi que je parle », les récits de Piquet sont aussi explorations de lui-même, tant nous sommes faits « du bruit des autres », c’est-à-dire des rencontres, des regards échangés dans nos vies, des existences partagées. Ce livre est superbe. Alain Girard-Daudon, ex-libraire à Nantes, critique exigeant, président de la Maison de la Poésie de Nantes.

J’achève à l’instant Une photo existe et une fois de plus, je dois te dire tout le plaisir que j’ai eu à lire la vie de ces femmes et de ces hommes qui te constituent. J’ai été très, très, très émue par l’histoire généalogique, c’est-à-dire l’histoire, de Jacques Kerval…  Chapeau bas, camarade, c’est un bel ouvrage, du bel ouvrage. Toujours cette élégance stylistique qui est ta marque de fabrique, cette capacité à décrire le tragique avec une poésie que j’envie, j’avoue. Joëlle Cuvilliez, écrivaine et journaliste.

Une photo existe : LE DERNIER LIVRE de Jacques-François ! Le sillon que tu traces est remarquable. Là, où certains ont besoin de centaines de pages pour résoudre une vie, tu nous y plonges en seulement quelques pages d’une écriture déliée, précise à croire que tu n’inventes rien , alors qu’une fois de plus, tu nous balades allégrement !!! Si une photo existe… alors, un écrivain existe ! Grand merci, l’Artiste. Marc Roger, écrivain et lecteur public.

Cher Jacques-François, Tu as écrit un superbe livre. Ces récits sortent de l’obscurité des êtres qu’on n’a pas su regarder, encore moins aimer. Des êtres qui ont voulu vivre sans savoir comment il fallait faire. Une photo les fait exister, au sens étymologique du terme, l’écriture est à la fois sobre et entraînante comme un courant, et parfois on peut s’accrocher à quelque branche ou être de rencontre, parfois le courant est trop fort. Peu à peu un roman s’écrit, celui d’une vie porteuse de tant d’autres, qui ne savaient pas qu’elles furent essentielles, qui en auraient été différentes peut-être ? Amitié. Evelyne Morin, poète.

J’ai été très touchée, émue, par Une photo existe. C’est un très beau livre. Ce refrain de « La photo existe » est si juste, troublant, touchant. Littéraire aussi, sans en avoir l’air. Cette galerie de personnes / personnages est très prenante. L’impression de les avoir connus. J’ai pensé aux « Vies minuscules » de Michon. J’aime cette plongée dans des mondes intérieurs, la vie des gens. Et ces fils qui se dénouent, des liens entre les uns et les autres. J’ai ressenti de l’empathie pour chacun, chacune, et même de l’affection. Simonne avec deux n, comme si je l’avais connue… C’est comme une reconnaissance que tu donnes à chacune, chacun, leur vie reconnue. Merci pour ce très beau livre. Très jolie construction, suspens, tension, avec Jacques Kerval qui nous arrive à la fin… comme un marin. Je suis aussi très touchée par la fin, comme si c’était un peu un livre « testamentaire », une trace que tu veux laisser. Isabelle Minière, écrivaine.

Cher Jacques François, 

Cela fait déjà un moment que j’ai lu Une photo existe et les circonstances ont fait que je ne t’ai pas écrit plus tôt pour te dire comme j’ai aimé, et admiré, ce livre. Tu as trouvé une « place » (je n’aime pas le mot) d’où l’écrire, remarquable, et qui délivre à la fois de « l’autobiographie » et de la  « biographie », deux genres dont je me méfie énormément (comme écrit Pascal Quignard , la vie n’est pas une biographie). Ces vies brèves sont, elles, éminemment vivantes – et la brièveté fait vibrer ces vies. (…/…) Cette « place » que tu as prise dans l’écriture de ce livre n’est ni  extérieure  (comme celle du biographe qui « s’empare » de son biographé), ni faussement intérieure comme peuvent trop souvent l’être les récits de vie de « mon père », « ma mère » etc.

Merci de m’avoir signalé ton si beau livre (que j’ai à mon tour signalé à d’autres personnes).

Christiane Veschambre, écrivaine

Cher Jacques-François, j’ai terminé ton livre voici quelques jours et je le laissais reposer dans mon esprit avant de t’en dire quelques mots et d’abord mon plaisir de te lire, un plaisir ressenti pour la forme, l’écriture même si les histoires qui s’y croisent sont souvent celles de destins douloureux. Il existe aussi d’autres raisons de l’avoir apprécié, (je passe sur le rapport à Michon qui a été soulevé) la proximité parfois géographique de ces récits, ou bien chronologiques, celle de temps et de lieux que j’ai pu fréquenter, mais plus encore la finesse des observations puisqu’évidemment ce sont des gens que tu as vus, côtoyés, aimés. Dans ces récits de vie de personnes dont certaines sont encore vivantes, il en existe de plus troublant et presque mystérieux (Marie Doutreligne), émouvant (Agnieszka Sorek et Marie-Anne Pluchart) mais ce qui se ressent avec force d’un chapitre à l’autre c’est surtout ta présence, au-delà du « je » que tu exhibes de temps en temps, une présence physique ou virtuelle, auprès de ces femmes et hommes, et qui traverse, comme la photographie qui existe, tout le livre, le charpente, lui donne corps et vigueur comme il rend accessible ces personnes devenues des personnages – pour celles qui ont disparu avant tout – à une forme de rédemption benjaminienne. Merci encore pour ce cadeau. Yannick Le Marec, écrivain et photographe

Ce qu’en dit Jacmo dans la revue Décharge (novembre 2021)

Ce livre de Jacques-François Piquet est particulier et étonnant… comme à chaque fois ! Au lieu d’une seule histoire, il en propose onze ! Dix et une dit l’auteur.

Chacune peut se lire d’une façon indépendante, en se fixant sur l’évocation d’un personnage, alternativement un homme, une femme. Et c’est là que la problématique du livre se met en place. S’agit-il d’une histoire ? S’agit-il d’une vie réelle ? En quoi est-ce vrai ? En quoi est-ce romancé ? Je dirai peu importe. On se laisse prendre dans chaque séquence, vies brèves est-il sous-titré, comme dans une nouvelle autonome. Le lien commun est cet indice de vérité qui donne le titre à l’ensemble : « une photo existe », qui tend à accréditer, à affirmer la véracité de chaque histoire. D’autant que l’auteur ajoute que c’est lui, la plupart du temps qui l’a prise cette photo, comme pour mieux en attester le fait. On pourrait donc conclure que tous ces récits parallèles sont parfaitement réels et que l’auteur n’a fait que retracer des existences ayant eu lieu pour de bon. Et aussi que la onzième histoire qui boucle le volume et le referme en reprenant pas mal de fils déjà déroulés précédemment, évoque la sienne propre. Mais cette dernière s’intitule comme les autres par le nom du héros et elle a pour titre : Jacques Kerval. On retrouve bien en partie le prénom de l’auteur mais c’est là toute l’ambiguïté de la création qui resurgit. On n’est pas dans l’autobiographie pure mais dans ce mélange de fiction où la vie s’arrange avec l’imagination et les possibles narratifs. Les différents portraits se resserrent, se rejoignent et se ressoudent. Le personnage central s’explique, s’éclaire à la lumière de toutes ces histoires où les points saillants seraient chez les proches, entre famille et amitié, l’art et la création, la folie et l’amour sensuel ou filial aussi bien dans le désir assouvi que dans le rejet. Jacques-François Piquet avait certainement besoin de reconstituer toutes les pistes qui l’ont mené là où il est aujourd’hui, et en priorité celles de ses parents et les pénombres éventuelles de son ascendance. On peut prendre comme de francs aveux quelques confidences finales du héros quand il parle de sensation d’être à côté ou en marge ou hors-jeu, et de manque de reconnaissance de l’écrivain en ce qui concerne sa production littéraire. Également que ce dix-septième opus sera peut-être son dernier livre. Ce qu’on ne croit guère, puisque toutes ces vies, ces histoires (aussi bien dans le temps chronologique que par l’écriture), ces récits démontrent le sens de l’invention, le penchant vers la légende et le pouvoir de raconter que possède l’auteur et qu’il n’est pas concevable qu’il l’abandonne tout à fait, fût-il retraité à présent.

Ce qu’en dit Francis Vladimir, poète et animateur de rencontres littéraires / Note de lecture parue dans Le Passe Muraille, revue littéraire de Lausanne

tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut… ( Jacques le fataliste – Denis Diderot )

Onze portraits. Autant d’aquarelles qui teintent le recueil de Jacques-Francois Piquet d’une couleur sépia de celle qu’on voit apparaître dans un film lorsque le souvenir se réintroduit dans une pièce étrangement silencieuse pour en réveiller la vigueur d’antan. Un film à la Ettore Scola, – una jornada particolare – tout en sobriété et en pudeur. Où tout vit pour mieux s’estomper. Ici ce sont des photographies qui s’insèrent, en très courts instants, dans la trame filée autour des personnages du récit. Succession de brèves où en une vingtaine de pages tout est dit de la vie, des attentes, et des engloutissements. Aucune chute autre que la mort ou l’attente, à l’exception de la dernière,  avec en prime le souvenir que le narrateur réactive, à charge et à décharge, pour retracer la silhouette, les rencontres, l’itinérance, la fin. Chacun des onze personnages se donne à lire en des temps troublés, de la grande guerre pour le père Kerval, au temps d’aujourd’hui, pour son fils putatif Jacques. La plupart ne sont plus. Reste le  témoignage par les mots.

Jacques-François Piquet travaille la langue. Justesse  au cordeau. Subtil équilibre entre l’écriture et la portée du dire. Machiavélisme des temps, quand les maux du XXème affleurent et dévastent et que l’auteur s’essaye à subvertir. Totale réussite. L’écrivain J-FP, dès lors qu’il ouvre chacun des récits, serre au plus près ses personnages. Il les campe avec sobriété, une économie de moyens qui fait  l’étoffe de son écriture. Il écrit du bout des lèvres, avec sa voix d’écrivain, des mots porteurs des silences, des douleurs, des espérances mortes-nées, pour ne pas déranger plus qu’il ne faut. Dire le peu de l’histoire, les bribes qui en font le tout. Dans les mailles du filet nous sommes pris, enserrés, à notre tour, mine de rien. Avec peu, quotidien enveloppé des brumes de la réminiscence, l’auteur construit nos émotions, une proximité dont on peine à se défaire, le livre refermé. Ces êtres, de chair et de lumière éteintes, deviennent de vieilles connaissances, méconnues trop longtemps. Par le désir de littérature J-FP les met sous le projecteur de leur propre histoire et de notre lecture. Éclairage tamisé, toutefois, car l’auteur s’emploie avec délicatesse, tendresse, regret, à atténuer toute violence crue, non pour la proscrire, la tenir à distance, mais parce qu’il l’inscrit dans le passage du temps qui, du temps passé mis sous le tapis, le temps oublié, deviendra le temps retrouvé du livre et des lecteurs. Regard où l’acuité et la finesse humaines retranscrivent les lignes de force de ces existences banales, transparentes, apeurées, fracturées, parce que ces êtres appartiennent au nombre de ceux qui, au départ, avaient des raisons de refuser la vie. Des êtres en dedans d’eux-mêmes avec leur violence intérieure ( le père Kerval, Aristide Mozac) , blessés dès l’abord et à l’origine, par manque, indifférence ou différence, folie apparente, cachée ( Marie Doutreligne, Lise Wanaverbecque), l’innocence et la honte ( Marie-Anne Pluchard)  mais aussi par visée et rédemption artistique ( Serge d’ Ormoy, John Carmichaël, le faire œuvre titanesqueet d’identification d’Aristide Mozac), par effacement de soi et au monde, le vide ( Agnieszka Sorek, Simonne Manier), l’obsession ( Daniel Baumann). La blessure de vie, morsure infligée à la naissance, avec laquelle il faut faire et se débattre, l’objet de chacune de ces vies,  marqueur du livre, sur lesquelles, la destinée opère au travers des pages, rarement pour le meilleur, souvent pour le pire, peu soucieuse de rééquilibrer la balance pour les moins nantis.

De brève en brève, le livre de J-FP, établit et met à jour les filiations, les amitiés, les correspondances ( l’incendie, Marie Doutreligne et Aristide Mozac),  les ruptures (Simonne Manier) , le secret et le tabou de la naissance (Marie-Anne Pluchard, Jacques Kerval), le traumatisme et le fardeau de la guerre, la solitude, la condition humaine, l’ennui, la maladie, la vieillesse, le naufrage, les illusions perdues, le vestige et le vertige des jours, sans lesquels nous ne saurions reconnaître ce que le livre est. Le recueil d’une reconnaissance partagée avec ceux qui s’en sont allés. Par leur présence devenue intemporelle, ils inscrivent l’incessante veille des mots par laquelle l’auteur paye son écot d’octroi. Livre de l’auteur-narrateur, prête-nom, Jacques Kerval qui, récit après récit, dévide son écheveau de promeneur solitaire dans les méandres des folies douces, âpres, terribles de ces êtres de chair et de papier. Il fait entendre le déclic photographique d’où réapparaissent figures et lieux hantés des disparus. Souvenirs vrais ou imaginaires, pour dire des vies, l’une après l’autre, que Maupassant aurait fait siennes. C’est dire la force têtue de l’entreprise, frêle en apparence, aboutie par le sens. Car J-F P ne lâche rien de ce qui résisterait au récit pour que les mots, en filigrane, soutiennent la volonté, le pouvoir d’évocation. Catharsis à peine voilée ponctuée d’éléments biographiques,  cérémonie de la littérature qui n’encense rien ni personne, dénouant la douleur, revenant à mots comptés, avec lucidité dénuée d’amertume, sérénité adulte sur ce que ces existences d’hommes et de femmes auraient pu être si l’époque qui fut la leur ne les avait, au final, déposés pour les uns, dévorés et brûlés pour les autres . Pour nombre d’entre eux,  c’est le rapt de leur existence , – de ce qu’elle eût mérité d’être -, qui est donné en des pages, où l’absence et le retrait au monde se lit en pointillé, loin des tumultes et désordres du monde, assignant de manière apaisée, à l’écrivain, sa liberté et sa place, les raisons de croire en lui.