{"id":93,"date":"2020-01-10T18:57:34","date_gmt":"2020-01-10T17:57:34","guid":{"rendered":"http:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=93"},"modified":"2020-01-11T15:32:09","modified_gmt":"2020-01-11T14:32:09","slug":"loeil-de-boeuf-2004","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=93","title":{"rendered":"L&rsquo;\u0152il de b\u0153uf (2004)"},"content":{"rendered":"\n<p> \u00c9ditions Joca Seria, 2004<br>(version enti\u00e8rement revue). <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"193\" height=\"300\" src=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/oeil2004-193x300.jpg\" alt=\"Couverture de &quot;L'Oeil de boeuf&quot;, \u00e9dition revue de 2004\" class=\"wp-image-129\" srcset=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/oeil2004-193x300.jpg 193w, https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/oeil2004-768x1193.jpg 768w, https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/oeil2004-659x1024.jpg 659w, https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/oeil2004.jpg 1312w\" sizes=\"(max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>Extrait<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\">D\u00e9j\u00e0 le soir et dans ton petit lit de fer elle te couchait, puis racontait pour t\u2019endormir des histoires de gnomes bossus.<br><em>Tout-doux, tout-doux, Pierre-Henri<\/em><br><em>Entends-tu les gnomes qui rient&nbsp;?<\/em><br>\u00ab&nbsp;Mais tout \u00e9tait faux, tout, m\u00eame sa voix. Tu ne voulais pas l\u2019\u00e9couter, tournais la t\u00eate et, tandis qu\u2019elle parlait, tu fixais par la porte entreb\u00e2ill\u00e9e la grosse pupille de cuivre qui balan\u00e7ait dans le coffre de la pendule&nbsp;: \u0153il dont la mobilit\u00e9 incessante trahissait l\u2019inqui\u00e9tude&nbsp;; \u0153il gardien vigilant d\u2019une ch\u00e8re pourriture, car le coffre m\u00eame de la pendule t\u2019\u00e9voquait un sarcophage. Il ne s\u2019agissait pas de gnomes, alors. Non, juste des histoires qu\u2019elle te racontait. Mais pourquoi parler plus mal que les choses autour de soi&nbsp;?<br><em>Tout-doux, tout-doux, Pierre Henri<\/em><br><em>Entends-tu les gnomes qui rient&nbsp;?<\/em><br>Tout \u00e9tait faux&nbsp;! Tout&nbsp;! Ne riaient pas, les gnomes, mais hurlaient de rage et de peur m\u00eal\u00e9es, car l\u2019un d\u2019eux avaient entrepris de s\u2019\u00e9vader&nbsp;! Imaginer plut\u00f4t\u2026 Il \u00e9tait une fois milliers de gnomes froussards sur une crique en demi-lune, l\u2019oc\u00e9an devant, une haute muraille rocheuse derri\u00e8re. Milliers de gnomes emprisonn\u00e9s qui, nez en l\u2019air, regardaient en tr\u00e9pignant celui qui osait. Ils criaient et le montraient du doigt Mais regardez-le escalader la falaise&nbsp;! N\u2019a m\u00eame pas de bosse&nbsp;! Dire combien le fuyard se moquait de leurs sarcasmes. D\u2019ailleurs, les entendait-il encore&nbsp;? Son petit corps plaqu\u00e9 contre l\u2019abrupte paroi, il s\u2019\u00e9loignait imperceptiblement des hurlants. Ses mains comme de minuscules et p\u00e2les ast\u00e9ries s\u2019agrippaient \u00e0 la roche. Il ne reviendrait jamais. Ce lui \u00e9tait d\u2019ailleurs impossible, maintenant. Chute mortelle assur\u00e9e. Ah, ils pouvaient bien l\u2019insulter, les autres, lui jeter des pierres aussi&nbsp;: il se trouvait hors d\u2019atteinte. Pourtant, il aurait aim\u00e9 leur r\u00e9pondre en leur crachant dessus. Mais pas d\u2019imprudence, demeurer joue contre la pierre froide, mains de part et d\u2019autre t\u00e2tonnant, trouver la bonne prise, l\u2019appui s\u00fbr, progresser, fuir. D\u00e9j\u00e0 il \u00e9tait \u00e0 belle hauteur. Et les autres, \u00e0 quoi ressemblaient-ils vus de l\u00e0&nbsp;? On ne devait distinguer que leurs cr\u00e2nes ronds, pointus, bruns, blancs, roux, chauves, tonsur\u00e9s. A peine plus gros que les galets sous leurs pieds. Pellet\u00e9e de cailloux que le flux noie, que le jusant d\u00e9couvre, que les mar\u00e9es roulent et bercent et polissent et usent. Ils deviendraient si t\u00f4t fragiles comme bulles de savon, leurs petits cr\u00e2nes&nbsp;! Ils finiraient par \u00e9clater&nbsp;! Ploc&nbsp;! Un petit bruit et puis plus rien. Rien. Ah, ils pouvaient bien hurler, il ne les entendait plus&nbsp;: le vent \u00e0 ses oreilles faisait un vacarme assourdissant. Mais n\u2019emp\u00eache qu\u2019il progressait, centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, le long de l\u2019abrupte paroi. N\u2019\u00e9tait gu\u00e8re plus qu\u2019un insecte aux yeux des autres qui tendaient le bras vers lui, faisaient tourner leur index autour de sa minuscule silhouette, s\u2019imaginaient gratter la roche pour le faire choir. \u00d4 r\u00eave grandiose, \u00f4 r\u00eave vain de gnomes pleutres&nbsp;!&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em>Coupure de presse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Voyage au bout de la vie, au bout de la nuit, au bout du c\u0153ur. Comme un cri strident, comme une vol\u00e9e de roulements de tambour, comme un torrent de mots jaillis de l\u2019\u00e2me. Il y a des aveux, des larmes et des brouillards. Et puis toujours des bruits de vagues, des rythmes de boggies, des \u00e9chapp\u00e9es belles sous les tables et aussi des silences retentissants. L\u2019atmosph\u00e8re est celle d\u2019un confessionnal, sombre, profonde.<br><em>L\u2019\u0153il-de-b\u0153uf<\/em> renvoie \u00e0 chacun le reflet de ses abandons, de ses paniques.\u00a0\u00bb<br>Alain-Pierre DAGUIN<br><em>Presse-Oc\u00e9an<\/em>, avril 2004 <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Joca Seria, 2004(version enti\u00e8rement revue). Extrait D\u00e9j\u00e0 le soir et dans ton petit lit de fer elle te couchait, puis racontait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/93"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=93"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/93\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":188,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/93\/revisions\/188"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=93"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}