{"id":642,"date":"2020-03-29T09:01:06","date_gmt":"2020-03-29T07:01:06","guid":{"rendered":"http:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=642"},"modified":"2020-04-06T16:14:11","modified_gmt":"2020-04-06T14:14:11","slug":"blog-3","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=642","title":{"rendered":"Des jours extraordinaires &#8211; 3"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align:center\" class=\"has-medium-font-size\"><strong>Des jours extraordinaires<\/strong><br><em>Journaux crois\u00e9s de Fran\u00e7oise Roques &amp; Jacques-Fran\u00e7ois Piquet<\/em><br><a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=685\">Semaine 1<\/a> \u2022 <a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=593\">Semaine 2<\/a> \u2022 Semaine 3<\/p>\n\n\n\n<ul><li><a href=\"#lundi30\">Lundi 30 mars<\/a><\/li><li><a href=\"#mardi31\">Mardi 31 mars<\/a><\/li><li><a href=\"#mercredi1\">Mercredi 1<\/a><sup><a href=\"#mercredi1\">er<\/a><\/sup><a href=\"#mercredi1\"> avril<\/a><\/li><li><a href=\"#jeudi2\">Jeudi 2 avril<\/a><\/li><li><a href=\"#vendredi3\">Vendredi 3 avril<\/a><\/li><li><a href=\"#samedi4\">Samedi 4 avril<\/a><\/li><li><a href=\"#dimanche5\">Dimanche 5 avril<\/a><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><p id=\"lundi30\"><strong><em>Lundi 30 mars 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Demain,\nmardi 31 mars 2020, cela fera quinze jours pile que je croise mon journal de\nconfinement avec celui de Jacques-Fran\u00e7ois. <\/p>\n\n\n\n<p>Hier\nsoir, j\u2019ai relu les fragments que j\u2019avais envoy\u00e9s \u00e0 mon ami. J\u2019en&nbsp; retiens que ce fut une exp\u00e9rience int\u00e9ressante,&nbsp; quinze jours \u00e0 prendre le temps de comprendre\nce qu\u2019on vit et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qu\u2019on va raconter de ce qu\u2019on vit. C\u2019est une\nexp\u00e9rience int\u00e9ressante pour soi. Mais pour l\u2019autre ? A quoi sert d\u2019\u00e9crire son\ninqui\u00e9tude, car il y a bien inqui\u00e9tude quand on ne peut plus se projeter, s\u2019\u00e9chapper\n? A quoi sert de raconter sa peur, car il y a peur \u00e0 \u00eatre brusquement confront\u00e9e\n\u00e0 sa finitude ?`<\/p>\n\n\n\n<p>A\nquoi tout cela sert-il ? <\/p>\n\n\n\n<p>Mon\nami m\u2019a oppos\u00e9 que j\u2019avais des enfants, des amis, un ami, alors que d\u2019autres\nsont absolument seuls, que j\u2019avais une maison, un jardin, un travail, de l\u2019argent,\nalors que beaucoup d\u2019autres sont d\u00e9munis. J\u2019ai senti l\u2019ind\u00e9cence de mes\nplaintes. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce\nmatin, je suis partie \u00e0 Vert-le-Grand plus l\u00e9g\u00e8re. Ma coll\u00e8gue \u00e9tait aussi\nvenue chercher du travail. On a travaill\u00e9 deux heures ensemble (mais \u00e0 distance,\nl\u2019une au rez-de-chauss\u00e9e, l\u2019autre \u00e0 l\u2019\u00e9tage). Rentr\u00e9e chez moi, j\u2019ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9\n\u00e0 ma m\u00e8re, 90 ans, seule \u00e0 Paris, pour m\u2019assurer qu\u2019elle allait bien : elle vit\nces \u00ab&nbsp;jours extraordinaires&nbsp;\u00bb avec philosophie.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s-demain,\nle mois d\u2019avril, le joli mois d\u2019avril sera l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but de ces \u00ab&nbsp;jours extraordinaires&nbsp;\u00bb\nj\u2019ai not\u00e9 ceci sur ma page Facebook&nbsp;: <em>Quand je pense \u00e0 tous ceux qui\nvont se mettre \u00e0 \u00e9crire par pur d\u00e9s\u0153uvrement&nbsp;! Alors que le m\u00e9tier est\nd\u00e9j\u00e0 encombr\u00e9&nbsp;! Pourvu qu\u2019aucun n\u2019ait du talent&nbsp;!&nbsp;<\/em>En\nabordant cette troisi\u00e8me semaine de confinement, je regrette mon propos mesquin\net pr\u00e9tentieux. En effet, un organisme de sondages vient de publier ses\nchiffres quant \u00e0 la mani\u00e8re dont les Fran\u00e7ais occupent leurs journ\u00e9es en cette\np\u00e9riode in\u00e9dite&nbsp;: forte augmentation des jeux vid\u00e9o, jeux en r\u00e9seaux et\njeux de plateaux traditionnels ou sur \u00e9cran, et, fait notable, filles et femmes\nde moins de quarante ans se sont mises \u00e0 jouer, console et <em>tutti quanti<\/em>,\nchose qu\u2019elles ne faisaient pas \u00ab&nbsp;avant&nbsp;\u00bb par manque d\u2019int\u00e9r\u00eat et\nmanque de temps&nbsp;! Alors oui, je regrette mon propos, combien j\u2019aurais\npr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu\u2019on m\u2019annonce une forte augmentation des pratiques d\u2019\u00e9criture,\njournal, chroniques, nouvelles, po\u00e8mes, qu\u2019importe, mais de l\u2019\u00e9crit, quelques\nlignes ou quelques pages qui r\u00e9sulteraient d\u2019une pens\u00e9e et surtout d\u2019un temps\nde rencontre avec soi-m\u00eame. Car c\u2019est bien ce qui nous manque dans nos jours\nordinaires&nbsp;: un temps \u00e0 soi&nbsp;! Or nous l\u2019avons en ce moment, par\ncontrainte, certes, mais nous l\u2019avons, depuis deux semaines et encore pour deux\nsemaines, alors essayons de le mettre \u00e0 profit&nbsp;! Bien s\u00fbr, me r\u00e9torqueront\ncertains, mais il n\u2019y a pas que l\u2019\u00e9criture&nbsp;! A quoi je leur r\u00e9pondrai que\nchacun balaye devant sa porte ! Et puis, ajouteront les m\u00eames, on peut jouer et\n\u00e9crire, non&nbsp;? A quoi, cynique, je r\u00e9pliquerai que je ne n\u2019en suis pas si\ns\u00fbr, qu\u2019entre la distraction facile et la r\u00e9flexion qui demande un effort,\nc\u2019est toujours la premi\u00e8re qui l\u2019emporte et qu\u2019apr\u00e8s le jeu c\u2019est plus\nprobablement un autre \u00e9cran qu\u2019un livre qu\u2019on ouvre \u00ab&nbsp;pour se changer les\nid\u00e9es&nbsp;\u00bb. Bon, maintenant que je me suis expos\u00e9 \u00e0 une gr\u00eale de critiques,\nque d\u2019aucuns me traiteront de ceci ou de cela, \u00e9litiste et nanti entre autres,\nmais aussi intello \u00e0 deux balles, donneur de le\u00e7ons, petit con aigri et pontifiant,\nj\u2019en passe et s\u00fbrement des meilleures, je peux poursuivre mon propos en arguant\nque l\u2019\u00e9criture, qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement \u00ab&nbsp;\u00e9criture d\u2019une \u0153uvre&nbsp;\u00bb\nmais souvent \u00ab&nbsp;\u00e9criture de soi&nbsp;\u00bb &#8211; <em>Mon journal de\nconfinement&nbsp;; Mes po\u00e8mes autodat\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de Beno\u00eet Richter&nbsp;; Mon\nab\u00e9c\u00e9daire du temps qui passe&nbsp;; etc. &#8211;<\/em> peut aussi amener \u00e0 la lecture,\nd\u2019\u0153uvres cette fois et peut-\u00eatre de chefs-d\u2019\u0153uvre, tant il est vrai qu\u2019\u00e9crire\nrend meilleur lecteur des autres (et de soi par retour&nbsp;: la boucle est\nboucl\u00e9e). Or, deuxi\u00e8me regret, aucun chiffre fourni par les organismes de\nsondage, pas un mot sur le livre, rien, \u00e0 croire qu\u2019en dehors des transports\npublics qui navettent entre domicile et travail, le livre n\u2019a pas sa place.\nVoil\u00e0, j\u2019ai dit ce que j\u2019avais besoin de dire dans l\u2019\u00e9nervement et avec la\nconscience l\u00e2che que mes propos ne me vaudraient pas d\u2019\u00eatre agress\u00e9 dans la rue\nvu qu\u2019il n\u2019y a personne dans la rue, pas m\u00eame moi, ou alors vite fait pour\nacheter mon pain \u00e0 150 m\u00e8tres&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"mardi31\"><strong><em>Mardi 31 mars 2020<\/em><\/strong><em><\/em><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En mode silencieux\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, je vais bien, merci&nbsp;! C\u2019est ce que tu r\u00e9ponds \u00e0\nceux qui prennent de tes nouvelles. Et c\u2019est vrai que tu ne vas pas mal. Pas\nbesoin d\u2019en dire plus ni d\u2019entrer dans les d\u00e9tails. Pas besoin, par exemple, de\nmentionner la petite valise bleue pos\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de ta chambre, petite valise\nbleue dans laquelle tu as mis un pyjama, ta trousse de toilette, et une paire\nde pantoufles, sans oublier, dans la poche ext\u00e9rieure, mais \u00e7a c\u2019est une\nmaniaquerie professionnelle, un carnet et un stylo. L\u2019id\u00e9e t\u2019est venue il y a\ndeux ou trois nuits, sans doute apr\u00e8s avoir entendu \u00e0 la radio que la mont\u00e9e de\nfi\u00e8vre \u00e9tait soudaine et qu\u2019il fallait tout de suite appeler le 15. Donc pas\nvraiment le temps de se pr\u00e9parer. D\u2019autant qu\u2019il faudrait aussi que tu\npr\u00e9viennes ta voisine Maria afin qu\u2019elle nourrisse ton chat. Et tes deux\nfilles, bien s\u00fbr, sans leur rappeler n\u00e9cessairement que tu viens de faire \u00e0\nchacune une procuration sur tes comptes bancaires. Bref, beaucoup de choses \u00e0\nfaire et rien que d\u2019y penser, surtout avec 40 de fi\u00e8vre, tu te sentirais\npresque le souffle te manquer. Mais bon, ta valise est pr\u00eate et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une\nbonne chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, je vais bien, merci&nbsp;! D\u2019ailleurs ce matin,\ncomme tous les matins, tu \u00e9tais \u00e0 ta table d\u2019\u00e9criture, accouchant calmement\nd\u2019un r\u00e9cit qui se pr\u00e9sente bien, mais sort lentement, petits bouts par petits\nbouts, un vrai travail, quoi&nbsp;! Quand soudain, un mugissement de sir\u00e8ne\ndans la rue, vite tu te pr\u00e9cipites \u00e0 la fen\u00eatre&nbsp;: c\u2019est un fourgon du Samu\n91, qui stationne devant chez Mme Marchand, non, un peu plus loin, devant chez\nM. et Mme Daniel, c\u2019est vrai qu\u2019ils ne sont plus tout jeunes ces gens-l\u00e0, au\nmoins dix ans de plus que toi, vuln\u00e9rables \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0. Et puis non,\nfinalement, les secouristes s\u2019engouffrent dans la maison d\u2019en face, une dame que\ntu connais juste de vue, pas si vieille que \u00e7a, enfin, pas facile de dire avec\nles dames coquettes, tu te trompes s\u00fbrement. Apr\u00e8s \u00e7a, rien, l\u2019attente, alors tu\nvas et viens dans la pi\u00e8ce, te d\u00e9cides pour un peu de musique, Bach ou Vivaldi,\ncomme dit Fran\u00e7oise, \u00e7a gu\u00e9rit de tout, d\u2019accord, allons-y pour le 5<sup>\u00e8me<\/sup>\nconcerto brandebourgeois, que tu aimes moyennement au clavecin, mais pure\nmerveille au piano sous les doigts de Murray Perahia. Tout en \u00e9coutant, tu\nsurveilles de temps \u00e0 autre par la fen\u00eatre, rien, rien pendant 21\u2019et 13\u2019\u2019, puis\nsoudain c\u2019est fini, le concerto et l\u2019intervention du Samu, le fourgon est\nparti. Tu respires un grand coup, ton c\u0153ur bat un peu vite, mais \u00e7a va, tu vas\nbien, un peu hypocondriaque, peut-\u00eatre, mais sinon, oui, tu vas bien, merci.<\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"mercredi1\"><strong><em>Mercredi 1<sup>er<\/sup> avril\n2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a plus rien. De la douleur et de\nla peur des derniers jours, il n\u2019y a plus rien, ou presque.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a plus rien que l&rsquo;illusion\nprofond\u00e9ment ancr\u00e9e que je survivrai et que demain j\u2019irai marcher dans les for\u00eats\net respirer l\u2019air des montagnes. Avec un peu d\u2019imagination, c\u2019est tout ce qui\nme reste quand j\u2019ai tout d\u00e9sinfect\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, il n&rsquo;y a plus rien. Ou presque. Il\nn\u2019y a plus rien que quelques petits trous et d\u2019\u00e9tranges \u00e9claircies acides dans\nmes nuits. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand certains essayent d\u2019apprivoiser\nleur peur en pr\u00e9parant valise et calepin, au cas o\u00f9 il y aurait urgences, les\nsoins, les tubes, la respiration artificielle, d\u2019autres veulent \u00eatre pr\u00eats en s\u2019all\u00e9geant,\non ne sait jamais, partir fauch\u00e9s, sans crier gare, direction Montparnasse.\nAlors ce matin, j\u2019ai us\u00e9, pass\u00e9, repass\u00e9, pli\u00e9, d\u00e9pli\u00e9, repli\u00e9, lav\u00e9, d\u00e9lav\u00e9,\nessor\u00e9, s\u00e9ch\u00e9, d\u00e9froiss\u00e9 les draps de mes insomnies , et j\u2019ai tri\u00e9, class\u00e9, jet\u00e9,\nbrul\u00e9 les vieux papiers, les m\u00e9moires, les journaux intimes, les lettres\namoureuses, les petits \u00e9crits en devenir. Car, quand tout sera fini, dissout, \u00e9vanoui,\nje ne veux pas, je ne peux pas laisser \u00e0 mes enfants ces traces de ma vie trop\nintimes, au mieux, elles les encombreraient. Ce qu\u2019ils connaissent de moi est\nsuffisant, c\u2019est ce qui est li\u00e9 \u00e0 leur propre vie, tout le reste est mauvaise\nherbe, chiendent dans le gazon. Dans cette grande lessive de printemps, j\u2019ai\nsauv\u00e9 peu de choses, journal en cours, photographies, quelques lettres, comme\non sauve en archivistique de maigres \u00e9chantillons de dossiers volumineux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, je m\u2019all\u00e8ge et il n\u2019y a plus\nrien. Ou presque.<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pas plus tard qu\u2019hier, ma fille cadette me disait qu\u2019\u00e0\nforce de critiquer tout le monde dans mon journal, je finirais bient\u00f4t seul,\nsans amis, sans amour, sans personne autour. Ce qu\u2019il y a de bien, ajouta-t-elle\nperfide, c\u2019est que passant du confinement \u00e0 l\u2019isolement tu ne verras pas trop\nla diff\u00e9rence. Sur quoi elle a \u00e9clat\u00e9 de rire et moi j\u2019ai pens\u00e9 <em>in petto<\/em>\nris ma jolie, ris, tu riras moins quand on passera chez le notaire pour r\u00e9gler\nma succession&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, ne lui en d\u00e9plaise, j\u2019ai encore une dent \u00e0 planter,\ncette fois dans la chair de certains journalistes de radio (ceux de la t\u00e9l\u00e9\nsont sans doute pareils ou pire, mais n\u2019ayant pas de poste la question ne se\npose pas) oui, certains journalistes de radios publiques qui nous infligent des\nentretiens avec des gens qui ne connaissent rien sur le sujet grave et pointu dont\nil est question, non qu\u2019ils soient sots mais ce n\u2019est pas leur domaine de\ncomp\u00e9tence, c\u2019est tout. Que n\u2019importe qui s\u2019autorise \u00e0 s\u2019exprimer tous azimuts\nsur les r\u00e9seaux sociaux, c\u2019est une chose&nbsp;; qu\u2019un journaliste nous oblige\n\u00e0 inepties et vacuit\u00e9&nbsp; sur une radio\npublique, c\u2019en est une autre et cela rel\u00e8ve de la faute professionnelle. Je\nsais que les journ\u00e9es sont longues et qu\u2019il faut les meubler, mais demander \u00e0 n\u2019importe\nqui dot\u00e9 d\u2019un nom dont il a h\u00e9rit\u00e9 ou qu\u2019il s\u2019est fait dans son domaine (sport\nou chanson ou encore charcuterie bretonne), ce qu\u2019il pense de la crise\nactuelle, comment lui l\u2019aurait g\u00e9r\u00e9e et quelles solutions il aurait pr\u00e9conis\u00e9es,\nc\u2019est tout bonnement affligeant et insultant pour les sp\u00e9cialistes. Autant\ndemander \u00e0 ces gens de p\u00e9ter en sol mineur, il n\u2019y arriveront pas mais flatt\u00e9s\nmalgr\u00e9 tout qu\u2019on les sollicite, ils \u00e9mettront un vague bruit de bouche qui\nressemblera \u00e0 un pet mais ne sera que du vent. Et nous, auditeurs, non\nseulement nous n\u2019aurons rien appris pour nourrir notre r\u00e9flexion, mais nous\naurons perdu notre temps&nbsp;! De gr\u00e2ce messieurs mesdames les journalistes et\nchef\u00b7fe\u00b7s d\u2019antennes, invitez des gens comp\u00e9tents (homophonie cens\u00e9e \u00eatre dr\u00f4le\navec les cons p\u00e9tants mentionn\u00e9s supra&nbsp;!) qui connaissent leurs sujets et peuvent\nnous aider \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la marche du monde&nbsp;! Certes, ils ne seront\npeut-\u00eatre pas d\u2019accord entre eux, mais nous en tirerons quand m\u00eame\nenseignement&nbsp;! Sinon, plut\u00f4t que produire du vent, consacrez vos heures d\u2019antenne\naux sportifs, chanteurs de vari\u00e9t\u00e9 et charcutiers bretons&nbsp;: dans leur\ndomaine de comp\u00e9tence, ils sont souvent tr\u00e8s int\u00e9ressants&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"jeudi2\"><strong><em>Jeudi 2 avril 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019arrive certains soirs de trop\nboire. Rarement en compagnie, plut\u00f4t seule, quand je sais que la nuit sera\ndure, longue, \u00e9vid\u00e9e de toute tendresse, sans illusion, sans divertissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, il m\u2019arrive de me noyer, de\nnaufrager, rarement terre d\u2019accostage advienne, mais, peu importe, le temps d\u2019une\nnuit, je dors en paix, sans souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Une amie, est-ce vraiment une amie, une\namie s\u2019essouffle, quelque part. <\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime beaucoup ce dessin publi\u00e9 sur Facebook montrant un pangolin debout sur une estrade et tenant ce discours&nbsp;: <em>Relativisons ce succ\u00e8s, chers amis, tout ceci n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans l\u2019immense connerie des humains&nbsp;! <\/em>Comme souvent dans les dessins de presse, l\u2019essentiel est dit en une image et quelques mots. Ne serait-il pas opportun en effet que nous repensions notre rapport \u00e0 la Nature en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 l\u2019Animal en particulier&nbsp;? Le moment n\u2019est-il pas venu de revoir tout bonnement notre conception du monde&nbsp;? Si l\u2019on s\u2019accroche \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde pyramidal au sommet duquel tr\u00f4ne l\u2019Homme et que de cette position dominante tout lui est permis tout lui est d\u00fb, y compris de tuer et de d\u00e9truire pour son seul profit imm\u00e9diat, alors rien ne changera et nous sombrerons lentement mais s\u00fbrement, quoique pas si lentement que \u00e7a si l\u2019on est un tant soit peu observateur. Par contre, si l\u2019on se range \u00e0 la vision d\u2019un monde qui tourne gr\u00e2ce \u00e0 une interd\u00e9pendance de tous les vivants qui le peuplent, alors quelque chose pourra changer et p\u00e9renniser notre survie. N\u2019\u00e9tant ni philosophe ni sp\u00e9cialiste en aucun domaine, ayant par ailleurs suffisamment critiqu\u00e9 hier ceux qui parlent sans savoir, je m\u2019abstiendrai d\u2019en dire davantage. A mon humble niveau, je voudrais simplement tirer le\u00e7ons de ce qui nous arrive et ne pas me contenter de dire, quand la crise sera derri\u00e8re nous&nbsp;: <em>Et tout \u00e7a \u00e0 cause d\u2019un putain de pangolin&nbsp;! <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"vendredi3\"><strong><em>Vendredi 3 avril 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce journal crois\u00e9, malgr\u00e9 doutes et d\u00e9couragements,\nquelquefois.<\/p>\n\n\n\n<p>Car l\u2019\u00e9criture de ces fragments est bien\nle seul espace o\u00f9 je ne suis pas confin\u00e9e. Elle me permet de dire des \u00e9motions\nque je croyais refoul\u00e9es, d\u2019ass\u00e9cher l\u2019ennui aussi, et de faire reculer le\nsilence.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles, la plupart du temps, est dans\nsa chambre, mais tout \u00e0 l\u2019heure, je le croise dans la cuisine. Il devait partir\nen mars pour une mission d\u2019un an en C\u00f4te d\u2019Ivoire, mais a bien \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019y\nrenoncer et se d\u00e9cide aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9faire son paquetage : \u00ab&nbsp;Pas de\nchance, hein, j\u2019avais trouv\u00e9 un boulot qui me bottait vraiment, mais un peu de\nchance tout de m\u00eame de n\u2019\u00eatre pas parti tout de suite, \u00e7a va \u00eatre terrible l\u00e0-bas\n\u00bb et d\u2019ajouter, philosophe mais pas r\u00e9sign\u00e9, \u00ab&nbsp;On verra, plus tard, peut-\u00eatre\u2026&nbsp;\u00bb.\n<\/p>\n\n\n\n<p>On discute un peu, lui rangeant ses\naffaires, moi cuisinant. Apr\u00e8s avoir tri\u00e9 avant-hier papiers, photos,\nsouvenirs, je me suis demand\u00e9e quel h\u00e9ritage je laisse \u00e0 mes enfants. De quoi\nsont-ils constitu\u00e9s de moi ? Charles me dit que je leur ai apport\u00e9 la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre,\nla solidarit\u00e9, le go\u00fbt de l\u2019exp\u00e9rience et de la nature. Je suis vraiment\nheureuse qu\u2019il puisse penser cela et qu\u2019il ne per\u00e7oive pas trop ma frilosit\u00e9 \u00e0 vivre,\nen ce moment. Ou peut-\u00eatre le dit-il parce qu\u2019il sent que je vacille. Oh, bien s\u00fbr,\nje sais aussi qu\u2019ils sont faits de mes doutes, mes l\u00e2chet\u00e9s, ma peur de manquer\n; \u00e7a les a marqu\u00e9s, on en a souvent discut\u00e9, ils me l\u2019ont reproch\u00e9, mais ce\nsoir, il n\u2019en dit rien et rit avec moi.<\/p>\n\n\n\n<p>En remontant dans ma chambre, je me suis\nsouvenue que mon p\u00e8re encourageait quelquefois l\u2019enfant timor\u00e9e et paresseuse\nque j\u2019\u00e9tais alors en disant : \u00ab&nbsp;Tant que tu n\u2019as pas essay\u00e9, tu n\u2019as pas \u00e9chou\u00e9&nbsp;\u00bb.&nbsp; Alors, disons que j\u2019essaye de vivre et que je\nn\u2019ai pas encore \u00e9chou\u00e9. Et j\u2019ai remerci\u00e9 Charles, tout bas, d\u2019\u00eatre l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En mode silencieux&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"samedi4\"><strong><em>Samedi 4 avril 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t trois semaines que je tiens ce\njournal de confinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Que m\u2019a-t-il apport\u00e9 ? J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9,\nun espace de libert\u00e9 en ce temps de rel\u00e9gation, un lieu de distraction aussi,\nen fin de journ\u00e9e, distraire, \u00ab&nbsp;faire diversion, s&rsquo;absorber dans d&rsquo;autres\nactivit\u00e9s ou d&rsquo;autres pens\u00e9es&nbsp;\u00bb (d\u00e9finition donn\u00e9e par le CNRTL), et un\nrefuge contre le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre interrogation vient \u00e0 la suite\n: que m\u2019ont apport\u00e9 ces premiers jours de confinement ? Qu\u2019ont-ils modifi\u00e9 dans\nma fa\u00e7on d\u2019\u00eatre au monde ? <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pid\u00e9mie m\u2019a renvoy\u00e9e en d\u00e9finitive \u00e0 ma\nmortalit\u00e9. Je voudrais mourir \u00ab&nbsp;en bonne sant\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire poss\u00e9dant\nencore quelques facult\u00e9s physiques et intellectuelles, une mort indolore, une\nbelle mort en quelque sorte, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s techniques. L\u2019arriv\u00e9e de la pand\u00e9mie\na balay\u00e9 cette illusion. Elle m\u2019oblige \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une mort subite\net subie, impossible \u00e0 conjurer. Elle me rappelle \u00e0 l\u2019ordre, \u00e0 mon humanit\u00e9, \u00e0 ma\nconscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au confinement, je l\u2019apprivoise progressivement.\nJe ne parle pas des conditions mat\u00e9rielles de ma cl\u00f4ture qui sont bonnes &#8211;\nmaison, jardin, compagnie. Je reprends des habitudes studieuses, lecture,\nmusique. J\u2019apprends \u00e0 me colleter avec moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">Tout\npr\u00e9occup\u00e9s par notre sort et notre survie<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">tout\nbaignant dans ce silence inhabituel<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">tout \u00e9blouis\npar cette lumi\u00e8re printani\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;nous vivons dans l\u2019illusion que les armes ici\net l\u00e0 se sont tues<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;qu\u2019un cessez-le-feu universel a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">qu\u2019il n\u2019y a\nplus ni villes ni villages bombard\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">ni populations forc\u00e9es \u00e0 l\u2019exil avec la faim la peur au ventre<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"> traversant d\u00e9serts en cohortes et guenilles<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;traversant mers entass\u00e9es sur des rafiots\ncrev\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">qu\u2019il n\u2019y a\nplus de bidonvilles<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;plus de campements \u00e0 nos portes<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;plus de mendiants dans nos rues&nbsp;; <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">oui tout\npr\u00e9occup\u00e9s de nous-m\u00eames<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;nous vivons dans une illusion qu\u2019il nous pla\u00eet\nd\u2019entretenir<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">une illusion\nque l\u2019on sait rideau de sc\u00e8ne<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">une illusion\nqui pareil au rideau bient\u00f4t tombera<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">bient\u00f4t d\u00e9couvrira\nla m\u00eame trag\u00e9die <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">dans le m\u00eame\nth\u00e9\u00e2tre avec les m\u00eames acteurs <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">et nous\nassis comme avant aux premiers rangs<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">peut-\u00eatre un\npeu emp\u00e2t\u00e9s peut-\u00eatre franchement gras&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">forc\u00e9ment apr\u00e8s tous ces jours de confinement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">A moins\nqu\u2019il nous faille repenser r\u00e9inventer<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u00e0 commencer\npar nous-m\u00eames<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">en\nserons-nous capables&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">A moins\nqu\u2019il nous faille revoir notre rang notre r\u00f4le<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">petits\nd\u00e9miurges ou particules d\u00e9pendantes<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">en serons-nous capables&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">Dire\naujourd\u2019hui que demain sera comme hier<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">serait ne\nplus voir ne plus croire en rien<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">oublier un\npeu vite que rien encore n\u2019est r\u00e9solu<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">qu\u2019il en est\nqui se battent au quotidien<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">pendant que\nd\u2019autres attendent dans l\u2019inqui\u00e9tude<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">que nul ne\npeut pr\u00e9voir comment ni m\u00eame si<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">nous sortirons tous de cette \u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">J\u2019aimerais tellement croire que demain<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">quelque chose aura chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:0;text-align:center\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"dimanche5\"><strong><em>Dimanche 5 avril 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP &amp; FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plus que Fran\u00e7oise, qui commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019\u00e9panouir dans l\u2019exercice,\nj\u2019ai souhait\u00e9 mettre un terme \u00e0 la publication de nos <em>Journaux crois\u00e9s<\/em>, \u00e0\ntout le moins de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re, car rien n\u2019est encore r\u00e9gl\u00e9 de la crise que\nnous vivons, rien, loin s\u2019en faut, et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9crire pourrait de nouveau\ns\u2019imposer, ensemble ou s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c\u2019est bien la n\u00e9cessit\u00e9 qui nous a pouss\u00e9s \u00e0 croiser\nnos journaux respectifs et \u00e0 les partager avec nos proches, nos ami\u00b7e\u00b7s, nos\nrelations professionnelles, des anonymes \u2013 dont une bonne trentaine s\u2019est\nmanifest\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement par courriel, t\u00e9l\u00e9phone ou sur les r\u00e9seaux sociaux&nbsp;:\nnous les remercions de leur soutien. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le temps de sid\u00e9ration que nous avons tous connu \u2013 quoi,\non nous oblige \u00e0 confinement, toute la population oblig\u00e9e d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 la\nsommation comme il se doit brutale de notre ministre de l\u2019Int\u00e9rieur&nbsp;:\nRestez chez vous&nbsp;! avec ce que cela induit de fermetures (\u00e9coles,\nmagasins, biblioth\u00e8ques, usines, etc.), d\u2019annulations (concerts, salons,\nfestivit\u00e9s en tous genres, etc.), de renoncements personnels et collectifs, de\ndifficult\u00e9s, de drames, d\u2019impossibilit\u00e9s, quoi, cela \u00e9tait possible et nous\navions injonction de le vivre&nbsp;!) oui, sid\u00e9ration est le mot, nous en\nconnaissions tous le sens&nbsp;; peu d\u2019entre nous avaient \u00e9prouv\u00e9 le sentiment.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce temps-l\u00e0, donc, est venu tr\u00e8s vite le temps de\nla col\u00e8re, teint\u00e9e d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 au d\u00e9but \u2013 quoi, dans l\u2019un des pays les plus\nriches du monde nous manquons \u00e0 ce point de personnel et de mat\u00e9riel dans nos\nh\u00f4pitaux, comment est-ce possible, d\u2019autant qu\u2019on pourrait le parier, aucune armurerie\nd\u2019aucune de nos arm\u00e9es n\u2019est en p\u00e9nurie d\u2019armes et de munitions, alors&nbsp;? Puis,\ndans un second temps, col\u00e8re violente contre nos dirigeants actuels et pass\u00e9s,\ncar l\u2019incurie n\u2019incombe pas \u00e0 ce seul gouvernement, m\u00eame si celui-ci l\u2019a\naggrav\u00e9e par des choix trop souvent dict\u00e9s par l\u2019argent&nbsp;; col\u00e8re violente,\noui, contre ceux-l\u00e0 qui, il y a seulement quelques semaines, r\u00e9pondaient par la\nmatraque et les armes aux revendications des personnels hospitaliers et qui,\naujourd\u2019hui, s\u2019en remettent \u00e0 eux, \u00e0 leur d\u00e9vouement \u2013 des h\u00e9ros, vous dis-je \u2013\npour nous sortir de ce chaos, quitte \u00e0 les sacrifier faute une fois encore de\nmoyens pour les prot\u00e9ger&nbsp;; col\u00e8re encore et stup\u00e9faction face aux discours\ncontradictoires qu\u2019on nous a tenus et tient encore, dont celui \u00e0 propos de l\u2019utilit\u00e9\ndes masques est assez embl\u00e9matique (\u00e7a sert \u00e0 rien parce qu\u2019on n\u2019en a pas, mais\nquand on en aura ce sera obligatoire&nbsp;!)&nbsp;: dans quelle r\u00e9publique banani\u00e8re\nvivons-nous&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos <em>Journaux crois\u00e9s<\/em>, Fran\u00e7oise et moi avons\nexprim\u00e9 cette col\u00e8re, chacun avec ses mots, chacun avec son ressenti. Elle est\nencore pr\u00e9sente aujourd\u2019hui, mais davantage ma\u00eetris\u00e9e, comme la crise elle-m\u00eame\n\u2013 au bout de trois semaines, il \u00e9tait temps&nbsp;&#8211; et perdrait peut-\u00eatre \u00e0 ce\nqu\u2019on la dise et redise chaque jour&nbsp;: gardons-la au chaud pour la servir \u00e0\npoint le moment venu. <\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps \u2013 expression favorite de notre Pr\u00e9sident \u2013\nen m\u00eame temps que la col\u00e8re, donc, commen\u00e7a de poindre en nous l\u2019inqui\u00e9tude,\npuis la peur, aviv\u00e9e et entretenue par les m\u00e9dias, par les discours de nos\ndirigeants, par la situation elle-m\u00eame, anxiog\u00e8ne parce que totalement in\u00e9dite\net nous trouvant quelque peu d\u00e9munis&nbsp;; la peur du manque avec \u00e0 l\u2019appui le\nspectacle affligeant de bagarres dans les supermarch\u00e9s, de rayons d\u00e9valis\u00e9s, et\nse dire qu\u2019on n\u2019est pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 \u00e7a, trop petits, trop vieux, pas assez forts&nbsp;;\n&nbsp;mais surtout la peur d\u2019\u00eatre contamin\u00e9s, d\u2019\u00eatre\nhospitalis\u00e9s comme notre amie Mich\u00e8le qui en est \u00e0 treize jours de coma\nartificiel, enfin la peur de mourir comme Catherine, l\u2019amie de Fran\u00e7oise, et la\npeur pour ceux qu\u2019on laisse apr\u00e8s soi&nbsp;: \u00e0 trente ans, encore des enfants&#8230;\n<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos <em>Journaux crois\u00e9s<\/em>, Fran\u00e7oise et moi avons\nexprim\u00e9 cette inqui\u00e9tude, cette peur, chacun avec ses mots, chacun avec sa\nsensibilit\u00e9. Elles sont encore pr\u00e9sentes aujourd\u2019hui, \u00e0 fleur de peau, se\nr\u00e9veillent \u00e0 l\u2019annonce d\u2019une nouvelle concernant un tel qui se plaint de fi\u00e8vre\ndepuis plusieurs jours, telle autre qui vient d\u2019\u00eatre test\u00e9 positive&nbsp;; ou\npour rien, un nuage sombre dans la t\u00eate, un pressentiment, une mauvaise nuit\u2026\nLes dire et redire jour apr\u00e8s jour dans nos journaux pourraient avoir l\u2019effet non\nde les calmer mais de les garder vives et douloureuses&nbsp;en nous, de nous\nemp\u00eacher de vivre ; sans parler de l\u2019ennui ou de l\u2019inqui\u00e9tude que cela pourrait\ng\u00e9n\u00e9rer chez nos lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les raisons ci-dessus \u00e9nonc\u00e9es, nous arr\u00eatons ce\nsoir la publication quotidienne de nos <em>Journaux crois\u00e9s<\/em>. Nous n\u2019en\nsommes pas au bout de ces \u00ab&nbsp;Jours extraordinaires&nbsp;\u00bb &#8211; comme il nous a\nplu de les nommer \u2013 aussi reprendrons-nous chacun nos claviers si le besoin se\nfait sentir. Pour l\u2019heure, en plus de vous remercier, nous voudrions vous dire\nque d\u00e9j\u00e0, par devers soi et dans le secret de nos c\u0153urs, nous r\u00eavons \u00e0 une f\u00eate\nde retrouvailles, chez l\u2019un ou chez l\u2019autre, porte ouverte tout un week-end, et\nviendra qui veut, proches, amis, voisins, pour un verre, un repas ou juste pour\nparler, et on se donnera tous les baisers que nous n\u2019aurons pu nous donner\npendant ces mois de confinement, et on reprendra en ch\u0153ur ce refrain que nous\nentendons tous les soirs \u00e0 vingt heures, mais avec d\u2019autres paroles, je les ai\nd\u00e9j\u00e0 \u00e9crites, vous avez le temps de les apprendre, grandement le temps&nbsp;: <em>On\nest l\u00e0 \/ On est l\u00e0 \/ On est vivant on est content \/ d\u2019\u00eatre encore l\u00e0 \/ Mais on pense\n\u00e0 nos amis \/ A tous ceux qui sont partis \/ Et on garde souvenir des jours\nheureux&nbsp;!<\/em> Pourvu que Mich\u00e8le puisse la chanter avec nous, et tous ceux\nqu\u2019on aime aussi..<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des jours extraordinairesJournaux crois\u00e9s de Fran\u00e7oise Roques &amp; Jacques-Fran\u00e7ois PiquetSemaine 1 \u2022 Semaine 2 \u2022 Semaine 3 Lundi 30 mars Mardi 31 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/642"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=642"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/642\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":707,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/642\/revisions\/707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}