{"id":593,"date":"2020-03-22T12:06:15","date_gmt":"2020-03-22T11:06:15","guid":{"rendered":"http:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=593"},"modified":"2020-04-05T08:56:10","modified_gmt":"2020-04-05T06:56:10","slug":"journaux-croises-semaine-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=593","title":{"rendered":"Des jours extraordinaires \u2013 2"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align:center\" class=\"has-medium-font-size\"><strong>Des jours extraordinaires<\/strong><br><em>Journaux crois\u00e9s de Fran\u00e7oise Roques et Jacques-Fran\u00e7ois Piquet<\/em><br> <a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=685\">Semaine 1<\/a> \u2022 Semaine 2 \u2022 <a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=642\">Semaine 3<\/a><\/p>\n\n\n\n<ul><li> <a href=\"#lundi23\">Lundi 23 mars 2020<\/a> <\/li><li><a href=\"#mardi24\">Mardi 24 mars 2020<\/a><\/li><li><a href=\"#mercredi25\">Mercredi 25 mars 2020<\/a><\/li><li><a href=\"#jeudi26\">Jeudi 26 mars 2020<\/a><\/li><li><a href=\"#vendredi27\">Vendredi 27 mars 2020<\/a><\/li><li><a href=\"#samedi28\">Samedi 28 mars 2020<\/a><\/li><li><a href=\"#dimanche29\">Dimanche 29 mars 2020<\/a><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><p id=\"lundi23\"><strong><em>Lundi\n23 mars 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, m\u00e9nage et\nrangement de ma chambre que j\u2019avais eu tendance \u00e0 d\u00e9serter ces derniers jours\npour m\u2019installer dans la salle commune. Mais Charles \u00e9tant la plupart du temps\ndans sa chambre, je me r\u00e9installe dans la mienne. <\/p>\n\n\n\n<p>En classant les papiers\net les dossiers qui s\u2019empilaient en vrac depuis des mois sur les \u00e9tag\u00e8res, je\nsuis tomb\u00e9e sur de vieilles photos et des cahiers de notes d\u2019une vie tr\u00e8s ant\u00e9rieure,\nd\u2019avant mon arriv\u00e9e \u00e0 Corbeil, fin 80, des papiers qu\u2019on m\u2019a rapport\u00e9s il y a\npeu et auxquels, sur le moment, j\u2019avais accord\u00e9 peu d\u2019importance, happ\u00e9e par le\ntravail, les sorties, les amis. La tentation \u00e9tait grande de tout regarder,\ntout relire. J\u2019ai failli, puis finalement j\u2019ai tout remis dans des cartons, p\u00eale-m\u00eale,\net les ai rel\u00e9gu\u00e9s dans un cagibi. C\u2019eut \u00e9t\u00e9 une \u00e9preuve que de me retourner\nsur le pass\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai repris le d\u00e9roul\u00e9\nde ma journ\u00e9e, travail, \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique avec ma coll\u00e8gue Bernadette,\ncuisine, musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Et la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, install\u00e9e \u00e0 mon bureau pour \u00e9crire. J\u2019ai accroch\u00e9 un portrait de Joyce en face de moi, un portrait au crayon, qui date de \u00ab&nbsp;Ulysse&nbsp;\u00bb, je pense. Ce n\u2019est pas mon portrait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, trop convenu. J\u2019ai cherch\u00e9 dans mes piles de vieux papiers la photo le repr\u00e9sentant jeune homme, bravache, camp\u00e9 jambes \u00e9cart\u00e9es face \u00e0 l\u2019objectif. Pas trouv\u00e9, pas trop cherch\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sept jours de confinement et certains travers de ma personnalit\u00e9 ressurgissent&nbsp;: rigidit\u00e9, maniaquerie, frugalit\u00e9 (j\u2019entends par l\u00e0 repas de moine sans vin de messe&nbsp;!). Je croyais pourtant qu\u2019au contact de mon amie de c\u0153ur j\u2019avais gagn\u00e9 en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, cess\u00e9 de courir apr\u00e8s le temps, pris go\u00fbt au boire et au manger. Eh, bien non, sept jours auront suffi pour me d\u00e9mentir, sept jours auront suffi pour me rendre \u00e0 moi-m\u00eame ! Et mon chat \u2013 seul \u00eatre envers qui j\u2019use encore de ma voix &#8211; en fait les frais&nbsp;en \u00e9copant de mes reproches comme quoi il mange trop et grossit, ne fait rien de sa vie sinon dormir, perd ses poils, rapporte des salet\u00e9s du jardin, bref cradosse la maison&nbsp;: <em>et qui c\u2019est qui fait le m\u00e9nage, hein<\/em>&nbsp;? En seulement sept jours&nbsp;! Dans quel \u00e9tat allons-nous finir, nous, pauvres b\u00eates que nous sommes&nbsp;?<br><br><br> <\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature a tout dit,\net parfois dans une langue \u00e9tourdissante (dans tous les sens du terme)&nbsp;;\nqu\u2019on en juge d\u2019apr\u00e8s ces quelques r\u00e9pliques d\u2019une pi\u00e8ce de\nJean-Luc Lagarce (1957-1995)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;Homme<\/em> \u2013 De nous\u201a il ne reste pas\ngrand-chose&#8230; presque rien\u201a quelques mots&#8230; des fragments&#8230; et puis aussi\u201a\nles objets auxquels nous tenions tant\u201a et la vie encore&#8230; (&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>L&rsquo;Homme<\/em> \u2013 Je pense\u201a monsieur\u201a\nque&#8230; sans vouloir vous offenser\u201a par simple mesure de\nprudence\u201a je pense qu&rsquo;il serait pr\u00e9f\u00e9rable\u201a dans un premier temps&#8230; seulement\ndans un premier temps&#8230; que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Jeune Femme<\/em> \u2013 Vous comprenez\u201a monsieur\u201a\nnous ne vous connaissons pas\u201a et vous pourriez tr\u00e8s bien&#8230; sans le vouloir\u201a ce\nn&rsquo;est pas ce que nous voulons dire&#8230; sans m\u00eame oser\nl&rsquo;imaginer&#8230; vous pourriez tr\u00e8s bien\u201a ce sont des choses qui se sont d\u00e9j\u00e0\nproduites&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;Homme<\/em> \u2013 Je pense que&#8230; dans un premier temps&#8230; pour notre\ntranquillit\u00e9 \u00e0 tous&#8230; il serait bon que vous vous teniez \u00e0 distance\nrespectable de nous&#8230; Et\u201a de toute fa\u00e7on\u201a pour vous \u00e9galement\u201a je dois vous le\nfaire remarquer\u201a c&rsquo;est une s\u00e9curit\u00e9 suppl\u00e9mentaire&#8230;\nQui vous dit que nous ne sommes pas\u201a nous aussi\u201a contamin\u00e9s\u201a porteurs en nous\nde la maladie\u201a sans le savoir\u201a ou sans oser l&rsquo;admettre ?&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:right\"><em>Vagues souvenirs de l\u2019ann\u00e9e\nde la peste \u2013 1983<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"mardi24\"><strong><em>Mardi 24 mars 2020<\/em><\/strong><strong><em><\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il est l\u00e0\n!&nbsp;\u00bb, m\u2019\u00e9crit Lionel Antoni. \u00ab&nbsp;Je t\u2019apporte les cartons&nbsp;\u00bb. Pas\nd\u2019embrassade, bien s\u00fbr, mais un grand plaisir \u00e0 le voir, lui et sa pr\u00e9cieuse\ncargaison.&nbsp; Plaisir d\u2019avoir enfin son livre de photographies sur\nVert-le-Grand entre les mains, plaisir d\u2019en admirer l\u2019\u00e9l\u00e9gance &#8211; couverture\nd\u2019un tr\u00e8s beau vert , ce vert que la f\u00e9ministe Marguerite Durand aimait tant,\npapier agr\u00e9able, mise en page sobre et raffin\u00e9e &#8211; et plaisir de relire les\ntextes qui accompagnent les photographies &#8211; de ces auteurs que j\u2019ai aim\u00e9\nrecevoir \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que. Peu importe si nous ne pouvons pas f\u00eater cette\nparution comme nous l\u2019avions pr\u00e9vu ; par ces temps incertains et paralysants,\nil advient quelque chose, oh presque rien au regard de la catastrophe sanitaire\nqui nous fait chanceler, oui, mais quelque chose que nous avons construit \u00e0\nplusieurs, avec enthousiasme, et c\u2019est cela qui compte aujourd\u2019hui, huiti\u00e8me jour\nde ma rel\u00e9gation o\u00f9 tout s\u2019assombrit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir, il n\u2019y a\npersonne pour c\u00e9l\u00e9brer avec moi cette parution. Charles est parti chercher des\nblouses blanches pour prot\u00e9ger son p\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, geste g\u00e9n\u00e9reux et\nd\u00e9risoire ; il rentrera tard ce soir. Mon chat renifle avec circonspection les\ncartons entrepos\u00e9s dans ma chambre et est reparti dans le jardin humer l\u2019air\nvif de ce dr\u00f4le de printemps.&nbsp; J\u2019aurais aim\u00e9 trinquer avec Lionel, \u00e0 la\nbeaut\u00e9 de ses photos, trinquer avec sa compagne Elisabeth, \u00e0 son talent d\u2019\u00e9ditrice,\ntrinquer avec mon ami Jacques-Fran\u00e7ois, trinquer avec ma coll\u00e8gue Bernadette\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, voil\u00e0, je suis\nseule dans ma maison, je me suis servie un bol de chips au vinaigre et un grand\nverre de ratafia un peu \u00e9c\u0153urant, et j\u2019ai mis la musique \u00e0 fond &#8211; \u00ab&nbsp;La\nbella noeva&nbsp;\u00bb chant\u00e9 par Marco Beasley &#8211; <em>La bella noeva che t&rsquo;ho purt\u00e0\u2026\nDimmi che noeva m&rsquo;hai purt\u00e0\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A notre sant\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je me m\u00e9fie des r\u00e9actions \u00e9pidermiques \u2013 souvent expression de&nbsp; sensiblerie plus que de sensibilit\u00e9 \u2013 qui nous poussent \u00e0 embrasser les policiers apr\u00e8s les attentats de Charlie Hebdo ou \u00e0 prier J\u00e9sus Dieu Marie quand Notre-Dame est en feu alors qu\u2019on n\u2019a pas mis les pieds dans une \u00e9glise depuis bapt\u00eame ou communion solennelle. Aussi, dimanche soir, en entendant mon voisin d\u2019en face faire un raffut du tonnerre \u00e0 vingt heures, seul dans le quartier et sans nul \u00e9cho alentour, je n\u2019\u00e9tais pas loin de trouver \u00e7a ridicule. Puis, je me suis souvenu qu\u2019il est soignant, certes pas en premi\u00e8re ligne puisqu\u2019il travaille en chirurgie oculaire, mais soignant quand m\u00eame, et que ma discr\u00e8te voisine \u00e0 main gauche l\u2019est aussi, charg\u00e9e des basses besognes en EHPAD et donc expos\u00e9e au risque de contamination, alors pour lui, pour elle, hier soir je suis sorti sur mon perron \u00e0 vingt heures et, pendant une minute ou deux, j\u2019ai ajout\u00e9 mon vacarme au sien, ma voix \u00e0 la sienne quand il a cri\u00e9 \u00ab&nbsp;bravo les soignants&nbsp;!\u00bb&nbsp;&#8211; je me suis permis d\u2019ajouter&nbsp;: \u00ab&nbsp;honte au gouvernement&nbsp;!&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9, ce n\u2019\u00e9tait pas le moment, mais \u00e7a m\u2019a soulag\u00e9. Puis une voisine un peu plus loin s\u2019est mise \u00e0 sa fen\u00eatre et a applaudi&nbsp;: je la connais un peu, sa fille est sage-femme. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Au retour de courses, toujours \u00e0 bicyclette et toujours\npour allier l\u2019exercice \u00e0 l\u2019utile, j\u2019ai remarqu\u00e9 la pr\u00e9sence de drapeaux\ntricolores, au moins quatre, sur la fa\u00e7ade d\u2019un petit immeuble du quartier,\npendus en rideaux aux fen\u00eatres ou accroch\u00e9s \u00e0 la rambarde des balcons. Je n\u2019ai\npas compris la signification du geste, certes avais d\u00e9j\u00e0 vu pareil \u00e9talage de\nnos couleurs apr\u00e8s les attentats de 2015, lors de matchs de football ou pour les\n\u00e9lections pr\u00e9sidentielles, mais l\u00e0, pour qui et pour dire quoi, je ne sais pas.\nAffirmer son soutien au gouvernement en cette p\u00e9riode de crise&nbsp;? Oui,\npeut-\u00eatre\u2026 Appeler les bleu-blanc-rouge \u2013 qui furent jadis des black-blanc-beur\nmais \u00e7a n\u2019a pas durer \u2013 \u00e0 se serrer les coudes en ces temps difficiles&nbsp;? Oui,\npeut-\u00eatre\u2026 L\u2019explication la plus farfelue qui me vient \u00e0 l\u2019esprit, Trump l\u2019a\nos\u00e9e avant moi (mais Trump ose tout et, comme dirait Michel Audiard, c\u2019est bien\n\u00e0 \u00e7a qu\u2019on le reconna\u00eet pour ce qu\u2019il est&nbsp;!) c\u2019est que ce virus est\n\u00e9tranger, du moins vient de l\u2019\u00e9tranger, et que nous, Fran\u00e7ais de souche, eh\nbien on n\u2019en veut pas et on le signifie \u00e0 notre mani\u00e8re, en brandissant notre\ndrapeau national. Bon, ni fier ni satisfait de cette explication qui forc\u00e9ment\ninduit d\u00e9rapages nationalistes, je vais r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 en trouver une autre dans\nles jours, dans les semaines \u00e0 venir si l\u2019affaire continue de m\u2019intriguer.<\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"mercredi25\"><strong><em>Mercredi 25 mars 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir, j\u2019ai\nrelu plusieurs chapitres du livre de Patrick Boucheron \u00ab&nbsp;Conjurer la peur\n: essai sur la force politique des images, Sienne, 1338&nbsp;\u00bb, livre que j\u2019avais\nlu \u00e0 sa parution, sur les conseils de mon amie Karine. Cet essai passionnant\nanalyse la fresque du \u00ab bon gouvernement \u00bb, \u0153uvre peinte sur un mur du Palais\ncommunal de Sienne en 1338 par Ambrogio Lorenzetti. L\u2019historien y interroge les\nrepr\u00e9sentations de la propagande&nbsp;\npolitique et&nbsp; de la&nbsp; r\u00e9flexion&nbsp;\nphilosophique. A cette relecture partielle, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par l\u2019actualit\u00e9\ndu propos : comment conjurer la peur ? en r\u00e9sistant \u00e0 la tyrannie et en (r\u00e9)apprenant\nl\u2019art de bien vivre ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 ma\nlecture de la veille en arrivant ce matin \u00e0 la mairie de Vert-le-Grand. Je\nvenais chercher quelques dossiers pour continuer \u00e0 travailler chez moi et d\u00e9poser\nsur le bureau du maire un exemplaire du joli livre de Lionel Antoni. <\/p>\n\n\n\n<p>Les propos de\nPatrick Boucheron ont r\u00e9sonn\u00e9 \u00e9trangement dans les rues vides de Vert-le-Grand.\nComment allons-nous bien vivre ensemble apr\u00e8s l\u2019h\u00e9catombe qui s\u2019annonce, quand\nles \u00e9quipes municipales seront d\u00e9cim\u00e9es, quand certains amis manqueront ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin je me suis r\u00e9veill\u00e9 guilleret avec un sc\u00e9nario en\nt\u00eate&nbsp;:&nbsp; deux personnages, un homme d\u2019environ\n67 ans, une femme d\u2019environ 64 ans&nbsp;; la sc\u00e8ne se passe dans un supermarch\u00e9,\nchacun d\u2019eux est dans sa file d\u2019attente avant caisse, masque sur le visage, \u00e0\ndistance r\u00e9glementaire des autres chalands. Dans le panier de l\u2019homme il y a divers\nachats dont un paquet de papier toilette rose&nbsp;; dans celui de la femme idem\ndivers achats dont un paquet de papier toilette bleu. Lequel regarde l\u2019autre en\npremier, je ne saurais le dire, le sc\u00e9nario ne le pr\u00e9cise pas, qu\u2019importe, &nbsp;l\u2019important est qu\u2019ils se regardent et que\nchacun regarde le panier de l\u2019autre, apr\u00e8s quoi ils se sourient, avec les yeux\nforc\u00e9ment, mais peut-\u00eatre aussi avec la bouche, \u00e7a on ne peut pas le savoir. Lequel\nensuite \u00e9clate de rire le premier, main devant bouche masqu\u00e9e et les \u00e9paules\nsecou\u00e9es en rythme, je ne saurais le dire, le sc\u00e9nario ne le pr\u00e9cise pas,\ntoujours est-il que les voil\u00e0 partis \u00e0 rire tous les deux, d\u2019un bon rire franc\nqu\u2019ils ne cherchent m\u00eame pas \u00e0 contenir, au diable les bonnes mani\u00e8res en ces\ntemps de fin du monde&nbsp;! Une fois leurs achats pass\u00e9s en caisse, papier\nrose et autres achats fourr\u00e9s dans un cabas, papier bleu et autres achats rang\u00e9s\ndans un panier, l\u2019homme, tout en gardant ses distances, dit \u00e0 la femme&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;On prend un verre \u00e0 la sortie&nbsp;?&nbsp;\u00bb Sur quoi la femme\ns\u2019exclame&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Mais on n\u2019a pas le droit&nbsp;!&nbsp;\u00bb L\u2019homme se\nreprend aussit\u00f4t&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je voulais dire \u00e0 la sortie du\nconfinement&nbsp;\u00bb Et voil\u00e0 la femme repartie \u00e0 rire, et lui bient\u00f4t l\u2019imitant,\nun vrai fou rire cette fois, bien sonore malgr\u00e9 les masques, et qui les secoue tellement\ntous les deux qu\u2019on dirait qu\u2019ils dansent\u2026 A ce stade du sc\u00e9nario, je verrais\nbien une musique de violons, genre Vivaldi <em>Allegro <\/em>du Concerto N\u00b06 en la\nmineur, s\u2019\u00e9levant <em>crescendo<\/em> et couvrant peu \u00e0 peu les rires. Cela dit,\nla bande-son c\u2019est pas mon boulot, moi j\u2019\u00e9cris des sc\u00e9narios qui me mettent\nd\u2019humeur guillerette le matin et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"jeudi26\"><strong><em>Jeudi 26 mars 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En commen\u00e7ant ce journal \u00ab&nbsp;des\njours extraordinaires&nbsp;\u00bb, j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de ne pas faire une chronique de\nla pand\u00e9mie du coronavirus \u00e0 proprement parler, mais de faire un pas de c\u00f4t\u00e9,\nde ce qui se vit \u00e0 l\u2019\u00e9cart, chez moi. Mais voil\u00e0, comment parler d\u2019autre chose\nquand on apprend que des amis sont infect\u00e9s, malades, hospitalis\u00e9s&nbsp; ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir, je suis \u00e9c\u0153ur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nantis, dont je fais partie, sont\npass\u00e9s sans trop de difficult\u00e9s au t\u00e9l\u00e9travail, isol\u00e9s dans leur maison ou dans\nleur appartement, alors que d\u2019autres continuent \u00e0 travailler sans aucune\nprotection, et que d\u2019autres encore, \u00e0 la rue, ont perdu leur \u00ab&nbsp;maison&nbsp;\u00bb.\nLa pand\u00e9mie nous remplit d\u2019effroi mais nos gouvernants ont encore plus peur de\nla faillite du capitalisme. L\u2019\u00e9conomie doit continuer \u00e0 tourner, quitte \u00e0 sacrifier\nles petits, les \u00ab&nbsp;sans-dents&nbsp;\u00bb comme disait l\u2019autre,&nbsp; les peu reconnus, les mal pay\u00e9s. Ils sont\nsacrifi\u00e9s, et vont travailler sans protection, sans masque, en promiscuit\u00e9,\npour des salaires honteux, pas le choix, les salaires de la peur\u2026 Ceci n\u2019est\nque le prolongement de ce qui se passe toute l\u2019ann\u00e9e, depuis des ann\u00e9es. Cette\ncrise ne fait que nous le rappeler. Brutalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir, je suis en col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, ce soir, <em>\u00ab&nbsp;on est l\u00e0 \/ on\nest l\u00e0 \/ aux fen\u00eatres et aux balcons \/nous on est l\u00e0 \/ on applaudit les\nsoignants \/ mais pas le gouvernement \/ solidaire \u00e0 100% des gens d\u2019en bas\u2026&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019\u00e9tonne (j\u2019aime ce verbe, en use et abuse en ces jours \u00ab&nbsp;extraordinaires&nbsp;\u00bb o\u00f9 tant m\u2019\u00e9tonne), oui, il m\u2019\u00e9tonne donc que les &nbsp;int\u00e9gristes religieux de tous poils n\u2019aient pas encore trouv\u00e9 sens et raison \u00e0 ce virus, comme ils l\u2019avaient fait pour celui de l\u2019immunod\u00e9ficience humaine qui \u00e9tait, on s\u2019en souvient, punition divine contre les invertis m\u00e2les (pour les femelles on a maintenu les b\u00fbchers en attendant d\u2019inventer mieux). Car en l\u2019occurrence, il me semble ind\u00e9niable qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 aussi d\u2019un ch\u00e2timent divin \u00e0 l\u2019encontre de tous ceux, m\u00e2les et femelles, qui se vautrent et entendaient le faire <em>ad vitam aeternam<\/em> dans le mat\u00e9riel au d\u00e9triment du spirituel, dans le profit \u00e9go\u00efste au d\u00e9triment de l\u2019humain. Toutefois, si j\u2019osais une critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Tr\u00e8s-Grands &#8211; moi le vermisseau m\u00e9cr\u00e9ant, quelle outrecuidance qui me vaudra l\u2019enfer ou pire le b\u00fbcher avec les invertis femelles et les sorci\u00e8res \u2013 je Leur dirais que leur mesure manque de discernement, qu\u2019au lieu de propager leur virus aux quatre coins du monde, il eut \u00e9t\u00e9 plus pertinent et plus compr\u00e9hensible pour tous de mettre le paquet sur les pays qui brassent jour et nuit un pognon de dingues et d\u2019\u00e9pargner ceux qui ne brassent que la mis\u00e8re et peinent \u00e0 nourrir leur population. Combien d\u2019entre nous alors, sous la menace d\u2019un ch\u00e2timent divin cibl\u00e9 avec une telle jugeote, auraient vite fait tent\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir un aller simple pour Lilongwe, Douchanb\u00e9, Port-au-Prince ou Sanaa&nbsp;? Mais hol\u00e0 les petits picsous, pas question, fronti\u00e8res ferm\u00e9es, a\u00e9roports interdits, bateaux refoul\u00e9s en mer, on ne veut pas de vous, go home, vous ne nous avez pas aid\u00e9s quand on en avait besoin, maintenant rentrez chez vous et crevez en silence&nbsp;! Au lieu de quoi, en collant tout le monde \u00e0 la m\u00eame enseigne, nul ne sait trop pourquoi il est puni de toux inextinguible et fi\u00e8vre de cheval, sinon de mort&nbsp;du fait de toutes sortes de complications dans le mou et les tuyaux ! D\u00e9sol\u00e9 de le dire, mais sur ce coup les Tr\u00e8s-Grands n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur&nbsp;! Et les int\u00e9gristes de tous poils de se taire avec raison\u2026 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"vendredi27\"><strong><em>Vendredi 27 mars 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir, mon amie Catherine, confin\u00e9e\ndepuis plusieurs jours dans son petit appartement \u00e0 l\u2019ombre de la cath\u00e9drale\nSaint-Pierre, d\u00eene avec son amie Laurence. Elle se plaint d\u2019un mal de t\u00eate\ntenace et va se coucher. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la nuit, elle se r\u00e9veille , prise d\u2019une\ntoux violente qui l\u2019emp\u00eache de respirer. Laurence appelle l\u2019H\u00f4pital\nUniversitaire de Gen\u00e8ve qui envoie les secours et hospitalise Catherine.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Laurence rentre chez elle et\nattend. \u00ab&nbsp;Longue attente au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;\u00bb.&nbsp; me dit-elle au t\u00e9l\u00e9phone, cet apr\u00e8s-midi, en\nm\u2019annon\u00e7ant le d\u00e9c\u00e8s de sa compagne.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enterrement de Catherine aura lieu\ndemain ; Laurence y sera. Seule.<\/p>\n\n\n\n<p><em>On recense aujourd\u2019hui, en Suisse, 197 d\u00e9c\u00e8s\nli\u00e9s au Covid-19. Je viens de le v\u00e9rifier sur internet. Mon amie Catherine est\nune de ces 197 personnes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>JFP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de publier un texte \u00e9crit par le\npsychiatre <strong>Paul Machto<\/strong> que m\u2019a fait suivre mon amie Jo\u00eblle Cuvilliez,\n\u00e9crivain et journaliste. Dans ce texte r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me de\nMartin Niem\u00f6ller, pasteur et th\u00e9ologien allemand, l\u2019auteur nous rappelle que la\nfaillite du service hospitalier public que nous connaissons aujourd\u2019hui est\nl\u2019aboutissement d\u2019une politique de calcul et d\u2019\u00e9conomie dont sont comptables\ntous ceux qui ont gouvern\u00e9 notre pays pendant ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Quand\non sait qu\u2019un couvreur se doit de fournir une garantie d\u00e9cennale pour une\ntoiture, on se dit qu\u2019il devrait en aller de m\u00eame pour nos dirigeants, que m\u00eame\nune fois retir\u00e9s des affaires avec la tr\u00e8s confortable pension que nous leur\nversons, il leur faudrait r\u00e9pondre des cons\u00e9quences de leurs actes&nbsp;; ainsi\ncela nous \u00e9pargnerait ces pitoyables et l\u00e2ches gamineries de cour de r\u00e9cr\u00e9ation\nqui consistent \u00e0 dire, dans une langue autrement plus\n\u00ab&nbsp;bois\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est pas moi qui ai fait \u00e7a, c\u2019est lui\nc\u2019est elle je vous jure chers \u00e9lecteurs monsieur le procureur c\u2019est pas ma\nfaute&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Texte de Paul Machto, psychiatre<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>A la mani\u00e8re de \u2026\n&nbsp;Martin Niem\u00f6ller (pasteur et th\u00e9ologien\nallemand)<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quand ils nous ont dit :\nLa loi du 31 juillet 1991 instaure la ma\u00eetrise des d\u00e9penses\nhospitali\u00e8res.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai rien dit, je\nn\u2019\u00e9tais pas \u00e9conomiste,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Claude Evin a parl\u00e9\nd\u2019h\u00f4pital-entreprise \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas entrepreneur,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les gouvernants ont\nmis en \u0153uvre la gestion-comptable en 90, pour les h\u00f4pitaux,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas dirigeant,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Sarkozy et Bachelot\nont mis en \u0153uvre la loi H.P.S.T qui a donn\u00e9 le\npouvoir au \u00ab&nbsp;patron&nbsp;\u00bb de l\u2019h\u00f4pital, le directeur, et rendu une\nadministration toute-puissante,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas administratif,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la gestionnite bureaucratique s\u2019est mise en place,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas gestionnaire,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Hollande et Marisol\nTouraine, ont supprim\u00e9 17500 sites de sant\u00e9 et supprim\u00e9 17500 lits,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas comptable,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand&nbsp;quelque trois\nmilliards d&rsquo;euros d&rsquo;\u00e9conomies furent pr\u00e9vus, dont 860 millions issus de la\n\u00ab\u00a0ma\u00eetrise de la masse salariale\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire la suppression de\n22.000 postes, soit 2% des effectifs,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas fonctionnaire,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les salari\u00e9s de\nl&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique du Rouvray \u00e0 Sotteville-l\u00e8s-Rouen (Seine-Maritime), ont\nfait la gr\u00e8ve de la faim en 2018,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je n\u2019ai rien dit,\nje n\u2019\u00e9tais pas syndicaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les services\nd\u2019urgences se sont mis en gr\u00e8ve en 2019,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je n\u2019ai rien dit,\nje n\u2019\u00e9tais pas urgentiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Macron et Buzyn se\nsont moqu\u00e9s du mouvement des soignants au cours des dix derniers mois,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas soignant,<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les sbires de\nCastaner sont venus r\u00e9primer les manifestants des h\u00f4pitaux,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai rien dit, je\nn\u2019\u00e9tais pas hospitalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Macron a supprim\u00e9\nen 3 ans 4172 lits dans 3000 services de sant\u00e9 publique,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nJe n\u2019ai rien dit, je n\u2019\u00e9tais pas hospitalis\u00e9, &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quand le\ncoronaromachin, le Covid 19, est arriv\u00e9, qu\u2019il nous est tomb\u00e9 dessus,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\nL\u00e0, j\u2019ai paniqu\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d8&nbsp;Il n\u2019y avait plus\nassez de lits pour les hospitalisations, plus assez de places en\nr\u00e9animation,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d8&nbsp;Il n\u2019y avait plus assez de soignants pour nous soigner,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d8&nbsp;Il n\u2019y avait pas\nassez de masques pour prot\u00e9ger les soignants&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la p\u00e9nurie\norganis\u00e9e depuis trente ans par ces gouvernants irresponsables&nbsp;appliquant\nla m\u00eame politique n\u00e9olib\u00e9rale,<\/p>\n\n\n\n<p>o&nbsp;&nbsp;ils ont commenc\u00e9 \u00e0 trier les malades \u00e0 soigner,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>o&nbsp;&nbsp;\u00e0 laisser de\nc\u00f4t\u00e9 les malades et les soignants en psychiatrie,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>o&nbsp;&nbsp;\u00e0 isoler les\npersonnes \u00e2g\u00e9es dans les EPHAD, \u00e0 les oublier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors\nj\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 applaudir les soignants le soir \u00e0 20h, sans honte de n\u2019avoir rien dit pendant toutes ces ann\u00e9es,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J\u2019ai\ndonn\u00e9 le titre de \u00ab&nbsp;h\u00e9ros&nbsp;\u00bb \u00e0 ces soignants, que je n\u2019ai pas soutenus\npendant ces onze mois,&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J\u2019ai\nr\u00e9alis\u00e9 que le service public c\u2019est tr\u00e8s important, indispensable, dans notre\npays,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand est-ce qu\u2019ENFIN\nvais-je DIRE ou HURLER quelque chose&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand sera-t-il possible\nde commencer \u00e0 se r\u00e9volter vraiment&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand sera-t-il possible\nde commencer \u00e0 construire un autre monde&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand sera-t-il possible\nd\u2019inventer un nouveau syst\u00e8me alternatif \u00e0 la\nd\u00e9shumanisation n\u00e9olib\u00e9rale et au chacun pour soi ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand sera-t-il possible\nde mettre en \u0153uvre une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le collectif et le partage aillent de pair\navec l\u2019individu et le singulier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand y aura-t-il assez\nde monde pour se lever et \u00eatre tous\nensemble&nbsp;pour prot\u00e9ger la plan\u00e8te, instaurer la d\u00e9croissance, une\nd\u00e9mocratie citoyenne \u00e0 \u00e9chelle humaine, privil\u00e9gier l\u2019humain sur la machine et\nsur l\u2019\u00e9conomie, d\u00e9velopper de nouvelles solidarit\u00e9s, de prendre le temps de\nvivre, de penser, de lire, &#8230; d&rsquo;aimer ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le blog de Paul\nMachto&nbsp;: https:\/\/blogs.mediapart.fr\/paul-machto\/blog<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"samedi28\"><strong><em>Samedi 28 mars 2020<\/em><\/strong><strong><em><\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette\nnuit, j\u2019ai chemin\u00e9 de moment en moment, o\u00f9 tout para\u00eet vain, o\u00f9 dans l\u2019angoisse\net le chagrin, tous les mots perdent leur sens et que surtout le futur n\u2019a plus\ncours. Absence vide, absence pleine, ind\u00e9passable.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai\nretrouv\u00e9 dans mes mails ce que m\u2019avait \u00e9crit Catherine au lendemain de la mort\nde sa s\u0153ur :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Souviens-toi, \u00ab&nbsp;La vie humaine\ncommence de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9sespoir&nbsp;\u00bb disait Sartre. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et moi, je pr\u00e9f\u00e8re dire, comme Isa\u00efe&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;Le d\u00e9sert et le pays aride se r\u00e9jouiront, la solitude s&rsquo;\u00e9gaiera, et\nfleurira comme un narcisse, elle se couvrira de fleurs, et tressaillira de\njoie, avec chants d&rsquo;all\u00e9gresse et cris de triomphe&nbsp;\u00bb. Alors faisons que\nson absence se nourrisse au creux de notre pr\u00e9sence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et\nce matin, un mail de mon coll\u00e8gue Dominique, au sujet d\u2019un travail commun, qui\ncommence par \u00ab&nbsp;Et on continue&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Oui.<\/p>\n\n\n\n<p><em>JF<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les jours se suivent et\nne se ressemblent pas, pourtant la routine est prise, entre lire \u00e9crire \u00e9couter de la musique et ranger trier\ntout ce qui peut l\u2019\u00eatre, les heures passent sans trop s\u2019\u00e9tirer&nbsp;; la\ndiff\u00e9rence tient \u00e0 cette tension que l\u2019on \u00e9prouve dans\nles cervicales, mauvaise posture se dit-on, trop d\u2019\u00e9cran, mais aussi, \u00e0 n\u2019en\npas douter, inqui\u00e9tude qui grandit au-dedans et\nqu\u2019avivent chaque jour les nouvelles du dehors&nbsp;: Pierre est\nmort avant-hier, Catherine hier, Mich\u00e8le en coma artificiel, les enfants d\u2019une autre Catherine test\u00e9s positifs\u2026 Et\nqui ensuite, quels pr\u00e9noms apr\u00e8s les leurs&nbsp;? Car\nils ne font que d\u00e9buter une liste&nbsp;dont nul ne\nsait si nous n\u2019en serons pas ; alors on a beau s\u2019accrocher \u00e0 sa routine, ne\nd\u00e9roger en rien \u00e0 ce qui nous ancre et nous rassure, force est de constater que ces jours \u00ab&nbsp;extraordinaires&nbsp;\u00bb nous \u00e9branlent plus\nqu\u2019on ne voudrait le dire\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p><p id=\"dimanche29\"><strong><em>Dimanche\n29 mars 2020<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><em>FR<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris\nau creux de la temp\u00eate qui s\u2019annonce. Ce devrait \u00eatre l&rsquo;occasion de m&rsquo;asseoir\net de lire, mais je ne peux pas.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;essaie\nd\u2019\u00e9tablir \u00e0 nouveau un rythme de vie contraignant, lever, chats, petit d\u00e9jeuner,\ntoilette, travail, d\u00e9jeuner, lecture, r\u00e9seaux sociaux. J\u2019\u00e9cris un peu. <\/p>\n\n\n\n<p>Toute\ncette routine&nbsp; ne p\u00e8se pas bien lourd\nface \u00e0 la litanie des confin\u00e9s, des infect\u00e9s, des r\u00e9anim\u00e9s, des morts. Mes d\u00e9fenses\nsont d\u00e9risoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, une heure de confinement en moins. Voil\u00e0 bien un non-\u00e9v\u00e9nement mais c&rsquo;est une heure de gagn\u00e9e. Tout ce que je peux gagner sur le temps qui passe, trop vite, trop lentement, mais qui passe quand m\u00eame, je le prends. Derri\u00e8re mes carreaux et ma porte ferm\u00e9e, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire qu&rsquo;\u00e0 regarder le temps qu&rsquo;il fait et le temps passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Quinze\njours de plus de rel\u00e9gation, au moins. Tout est dans le \u00ab&nbsp;au moins&nbsp;\u00bb.\nJ\u2019\u00e9tais pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 plus de quinze jours. Moins \u00e0 plus d&rsquo;un mois. Et je lutte\npour que la peur ne me gagne pas, pas la peur de manquer, non,&nbsp; je ne manque pas,&nbsp; mais la vilaine peur qui vrille les tripes,\nla peur profonde d\u2019\u00eatre moi-m\u00eame ou un des miens infect\u00e9s, la&nbsp; peur de mourir ou de voir mourir ceux que j\u2019aime.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nmort de mon amie Catherine a raviv\u00e9 cette peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors\nce matin, \u00e0 bout d\u2019insomnie, lever tr\u00e8s t\u00f4t. Je suis sortie, d\u00e9rogation en\npoche par laquelle je m\u2019autorisais&nbsp; \u00e0 faire\nmes courses au march\u00e9, alors qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 la semaine derni\u00e8re\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai\nmarch\u00e9 au milieu de la chauss\u00e9e, en plein milieu, jusqu\u2019\u00e0 la place du march\u00e9.\nPas une voiture. Aucun bruit,&nbsp; juste le\nfroissement de mes pieds sur la chauss\u00e9e. Juste le silence de la ville sous\ncloche.&nbsp; Je me suis&nbsp; d\u00e9gourdie les jambes dans la fra\u00eecheur du\npetit matin ample et froid.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nsursis.<\/p>\n\n\n\n<p><em>JF<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les jours sans courrier sont comme de\nlongs dimanches.&nbsp;\u00bb La phrase date du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent et \u00e7a s\u2019entend. Je\nl\u2019avais not\u00e9e dans mon carnet lors d\u2019un travail r\u00e9alis\u00e9 avec des anciens en\nmaison de retraite et h\u00f4pital g\u00e9riatrique. C\u2019\u00e9tait en 1996 et en ce temps-l\u00e0 on \u00e9crivait des lettres \u00e0 nos anciens car le\nt\u00e9l\u00e9phone, quand l\u2019oreille \u00e9tait capricieuse voire d\u00e9ficiente, souvent frustrait plus que ravissait. On leur ouvrait ainsi une\npetite fen\u00eatre sur notre quotidien, sur le monde ext\u00e9rieur dont ils n\u2019avaient nouvelles que par la t\u00e9l\u00e9vision, et quelles nouvelles,\ndisaient certains, on s\u2019en passerait bien tant le monde est devenu fou&nbsp;! Pour l\u2019anecdote, ma vieille m\u00e8re presque centenaire aimait\n\u00e0 dire que c\u2019\u00e9taient les spoutniks russes qui avaient tout d\u00e9traqu\u00e9&nbsp;! Argument qui en vaut un autre mais que r\u00e9futeraient les 15% d\u2019Am\u00e9ricains \u00ab&nbsp;platistes&nbsp;\u00bb (forc\u00e9ment\nsi la terre n\u2019est pas ronde un satellite peut pas tourner autour&nbsp;!). Bref,\nqui encore \u00e9crit des lettres manuscrites aujourd\u2019hui&nbsp;? M\u00eame mon amie\nCatherine J., irr\u00e9ductible \u00e9pistoli\u00e8re,\nne nous envoie plus gu\u00e8re, de sa ronde \u00e9criture d\u2019enseignante, que ses bons\nv\u0153ux de nouvel an et quelques invitations \u00e0 r\u00e9ception&nbsp;; pour le reste,\nelle s\u2019est rang\u00e9e c\u00f4t\u00e9 clavier. D\u2019ailleurs, les anciens aussi se sont\nfamiliaris\u00e9s avec l\u2019informatique, dans le but premier de garder un contact\naudio et visuel avec leurs enfants et petits-enfants souvent tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s. Par\nanciens, j\u2019entends les plus de 80 ans (avec la mauvaise foi qui est mienne,\ndans quelques ann\u00e9es je dirais les plus de 85, mais\nbon, <em>nobody\u2019s perfect<\/em>&nbsp;!). Il en est plusieurs dans mon entourage qui ma\u00eetrisent autrement mieux que moi (ce qui ne rel\u00e8ve pas de\nl\u2019exploit, soit dit en passant) ordinateurs, tablettes et\nsmartphones&nbsp;! Aussi est-il certain que pour beaucoup d\u2019entre eux, un long\ndimanche aujourd\u2019hui serait\nun jour sans connexion Internet&nbsp;!\nEn ces temps de confinement o\u00f9 nous sommes nombreux \u00e0\nouvrir, presque machinalement et que l\u2019on t\u00e9l\u00e9travaille ou pas, tant\u00f4t une\nfen\u00eatre sur les r\u00e9seaux sociaux, tant\u00f4t une fen\u00eatre sur notre messagerie, une\nd\u00e9faillance massive d\u2019Internet\nnous obligerait \u00e0 une\nsemaine de sept dimanches&nbsp;! Ce qui fut r\u00eave pour certains deviendrait\nalors cauchemar pour tous&nbsp;! Et pour peu que la poste cesse ses activit\u00e9s\nde courrier, m\u00eame mon amie Catherine J. ne pourrait plus nous donner de\nnouvelles, forc\u00e9ment bonnes et rassurantes, car en\nplus d\u2019\u00eatre une irr\u00e9ductible \u00e9pistoli\u00e8re, elle est \u00e9galement une ind\u00e9crottable\noptimiste&nbsp;! Vous dire alors l\u2019ennui qui serait mien&nbsp;: un puits sans\nfond&nbsp;! &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des jours extraordinairesJournaux crois\u00e9s de Fran\u00e7oise Roques et Jacques-Fran\u00e7ois Piquet Semaine 1 \u2022 Semaine 2 \u2022 Semaine 3 Lundi 23 mars 2020 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/593"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=593"}],"version-history":[{"count":33,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":695,"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/593\/revisions\/695"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jfpiquet.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}