{"id":249,"date":"2020-01-11T16:01:41","date_gmt":"2020-01-11T15:01:41","guid":{"rendered":"http:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=249"},"modified":"2020-01-18T19:28:17","modified_gmt":"2020-01-18T18:28:17","slug":"que-fait-on-du-monde","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=249","title":{"rendered":"Que fait-on du monde ?"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c9l\u00e9gie pour quarante villes<br>\u00c9ditions Rhubarbe, 2006.<br>Recueil de proses inspir\u00e9es de l\u2019actualit\u00e9 du monde.<br>Photo de couverture&nbsp;: <a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/?page_id=359\">Nicolas Rouxel-Chaurey<\/a>.<br>Quatri\u00e8me de couverture&nbsp;: Michel S\u00e9onnet. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"199\" height=\"300\" src=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on2-199x300.jpg\" alt=\"Couverture de &quot;Que fait-on du monde ?&quot;\" class=\"wp-image-255\" srcset=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on2-199x300.jpg 199w, https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on2.jpg 340w\" sizes=\"(max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em>Quatri\u00e8me de couverture de Michel S\u00e9onnet<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quarante villes. Et autant de fois je qu\u2019il y a de villes. Je suis un soldat de Tbilissi. Je suis un touriste sexuel \u00e0 Sally-Portudal. Je suis un vieillard de Marseille. Je suis un veuf \u00e0 Charm-el-Cheikh. Je suis je en m\u00eame temps des deux c\u00f4t\u00e9s du mur-fronti\u00e8re isra\u00e9lien. Je suis je aux quatre coins du monde. Autant de fois je qu\u2019il y a de villes, et quarante, \u00e7a vaut pour toutes. Je n\u2019est pas seulement un autre. Mais tous les autres possibles vers lesquels l\u2019\u00e9criture conduit. Je est un p\u00eacheur de Thul\u00e9. Je est un trafiquant d\u2019enfants \u00e0 Bam. Je est une femme de Kilipala. Ici, toutes les fuites possibles (exotiques, touristiques, esth\u00e9tiques m\u00eame) sont abolies. On ne peut entrer dans chacune des villes qu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re personne. Voil\u00e0 le p\u00e9ril lorsque \u00e9crire est mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du monde. Se vouloir sujet du monde c\u2019est prendre le risque d\u2019\u00eatre en chaque lieu celui qui doit en porter le poids. \u00ab&nbsp;Pourquoi se souvenir, pourquoi \u00e9voquer le pass\u00e9 quand \u00e0 lui seul le pr\u00e9sent p\u00e8se du poids du monde&nbsp;?&nbsp;\u00bb Alors on va. Pendant un an comme si c\u2019\u00e9tait un si\u00e8cle. De ville en ville. De je en je. Je est un homosexuel br\u00fbl\u00e9 vif \u00e0 Lens. Je est un vendeur de montres \u00e0 Bagdad. Ce monde terrible et \u00e9blouissant, c\u2019est chez nous, chez moi. Le parcourir, c\u2019est laisser monter la plainte, l\u2019\u00e9l\u00e9gie qui vient nous arracher de derri\u00e8re nos abris de t\u00e9moins si lointains, journal, \u00e9cran t\u00e9l\u00e9. Nous voici devenus protagonistes du monde. Nous voici mis au monde. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em>Extraits<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>I &#8211; \u00c9vry<\/em>&nbsp;          \u00ab&nbsp;Nouvelle ann\u00e9e rentrant chez moi apr\u00e8s avoir longtemps march\u00e9 dans les rues &#8211; minuit pass\u00e9 et j\u2019avais entendu les d\u00e9flagrations des p\u00e9tards et bouchons de Champagne &#8211; j\u2019appris que dans un h\u00f4pital d\u2019Evry la neuve, \u00e0 deux jets de Paris sunlights, une femme accouchait poignet menott\u00e9 \u00e0 la table, sa matonne ayant craint sans doute qu\u2019elle ne se lib\u00e8re en d\u00e9livrant et pendant plus d\u2019une heure le bruit infernal de l\u2019acier raclant l\u2019acier accompagna ma d\u00e9livrance, car j\u2019\u00e9tais cet enfant qui naissait d\u00e9j\u00e0 p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 du monde, mon premier cri condamn\u00e9 \u00e0 se perdre dans des couloirs d\u00e9serts quand d\u2019autres fusaient feux d\u2019artifice derri\u00e8re les portes, hors les murs et les grillages, ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand apr\u00e8s \u00e7a de nouveau dans la nuit, la f\u00eate battait son plein, flonflons \u00e0 tous les carrefours, couples enlac\u00e9s dansant malgr\u00e9 l\u2019heure avanc\u00e9e, \u00e0 l\u2019angle d\u2019une rue une femme saoule trop belle aux yeux charbons m\u2019est tomb\u00e9e dans les bras, m\u2019a souhait\u00e9 bonne ann\u00e9e, j\u2019aurais pu lui r\u00e9pondre, l\u2019embrasser, l\u2019inviter, mais j\u2019\u00e9tais sale et fatigu\u00e9 et tra\u00eenais apr\u00e8s moi une odeur \u00e2cre d\u2019abattoir.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"203\" src=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on-300x203.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-256\" srcset=\"https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on-300x203.jpg 300w, https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on-768x518.jpg 768w, https:\/\/jfpiquet.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/que_fait_on.jpg 957w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>XXXII &#8211; Madrid<\/em>&nbsp;          \u00ab&nbsp;Elle portait rouge aux l\u00e8vres et aux pieds des escarpins orn\u00e9s boucle dor\u00e9e&nbsp;: une fille brune comme beaucoup d\u2019Espagnoles, avec ce charme en plus qui m\u2019avait fait la suivre jusque dans la gare d\u2019Alcala t\u00f4t ce matin-l\u00e0, jusque dans le train, au plus pr\u00e8s d\u2019elle malgr\u00e9 la foule travailleurs et coll\u00e9giens bruyants.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu apr\u00e8s le d\u00e9part, elle a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 de son portable, murmur\u00e9 son pr\u00e9nom \u00e0 l\u2019ami, au compagnon juste quitt\u00e9, \u00e0 l\u2019amant qu\u2019elle allait retrouver &#8211; caf\u00e9 Plaza Mayor, huit heures &#8211; car il ne faisait doute que ses l\u00e8vres \u00e9taient rouges pour un homme, et tandis qu\u2019en moi grandissait le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre celui-l\u00e0, que je cherchais les mots ses yeux pour le lui dire, elle s\u2019est fray\u00e9e passage dans la foule et je l\u2019ai perdue.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps plus tard, une \u00e9ternit\u00e9, quand plus rien ni forme ni sens, quand le train ferraille fumante et le ciel assombri, quand de toutes parts des cris des pleurs, quand partout la m\u00eame odeur de chair br\u00fbl\u00e9e, je l\u2019ai retrouv\u00e9e sans la chercher, allong\u00e9e sous une couverture \u00e0 m\u00eame le ballast&nbsp;: \u00e0 ses pieds seuls d\u00e9passant manquait un escarpin rouge \u00e0 boucle dor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis un t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9, le sien nul doute, un air de piano, Mozart all\u00e8gre \u00e0 l\u2019ind\u00e9cence&nbsp;mais \u00e0 quoi bon, caf\u00e9 Plaza Mayor, onze mars, l\u2019homme s\u2019impatientait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00bf Que pasa, Isabel, contesta me&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em>Coupures de presse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On appr\u00e9hende un premier texte, puis un second\u2026 il y en a quarante. Et c\u2019est presque \u00e0 chaque fois un coup de poing en pleine figure. On en sort marqu\u00e9, dedans. (\u2026) Chaque fois le narrateur est le h\u00e9ros, souvent malheureux, de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, avec un je central qui nous plonge dans le n\u0153ud de l\u2019actualit\u00e9 dramatique. Ce positionnement permanent, pertinent, interpelle et revendique. Il y a avant tout ce regard clair, intelligent de l\u2019homme d\u00e9termin\u00e9, dans une situation tragique. Jacques-Fran\u00e7ois Piquet r\u00e9agit partout avec sa plume-scalpel. Il incise la plaie d\u00e9j\u00e0 ouverte pour en extirper douloureusement sa le\u00e7on d\u2019humanit\u00e9, m\u00eame \u00e0 travers la violence, l\u2019horreur, l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9, l\u2019absurdit\u00e9. (\u2026) Ce recueil qui fait le tour de la terre en quarante jours de sang et de larmes pose bien la question finale qui reste l\u2019enjeu de chaque individu et de l\u2019humanit\u00e9&nbsp;: Que fait-on du monde&nbsp;? On ne peut rester sans voix devant une telle demande. M\u00eame si on garde les poings serr\u00e9s et l\u2019envie de hurler au fond de la gorge.&nbsp;\u00bb<br>Jacques MORIN<br>Revue&nbsp;<em>D\u00e9charge<\/em>&nbsp;n\u00b0 133.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il est rare de lire une quatri\u00e8me de couverture qui pr\u00e9sente avec justesse un livre et qui soit belle en elle-m\u00eame&nbsp;; \u00e0 ce double \u00e9gard, celle que Michel S\u00e9onnet a \u00e9crite pour le recueil de Jacques-Fran\u00e7ois Piquet est magistrale. Y apparaissent l\u2019essence de cette \u00e9l\u00e9gie (\u2026) et surtout la nature particuli\u00e8re du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb qui toujours \u00e9nonce. Rien n\u2019est d\u00e9flor\u00e9 pourtant&nbsp;: la surprise sera intacte en d\u00e9couvrant l\u2019\u00e9criture de Jacques-Fran\u00e7ois Piquet\u2026 Une \u00e9criture accident\u00e9e, bossel\u00e9e&nbsp;; marchant d\u2019abord \u00e0 un rythme familier, usant de tournures certes styl\u00e9es mais reconnaissables et qui parlent encore \u00e0 quiconque sait go\u00fbter la prose po\u00e9tique. Puis soudain tout s\u2019emballe&nbsp;: la syntaxe se troue, s\u2019emplit de blancs&nbsp;; la ponctuation s\u2019absente comme s\u2019il n\u2019y avait plus respirations possibles ni assez de temps pour recourir \u00e0 tous les mots qu\u2019exige un phras\u00e9 acad\u00e9mique\u2026 L\u2019auteur semble \u00e9conomiser les signifiants jusqu\u2019\u00e0 plonger dans la d\u00e9route grammaticale, an\u00e9antissant tout interm\u00e9diaire entre signes et r\u00e9f\u00e9rents pour aller droit au c\u0153ur du signifi\u00e9, telle une balle en plein dans le mille.<br>(\u2026) Lire un tel livre est une n\u00e9cessit\u00e9 \u2013 au sens absolu et quelle que soit la p\u00e9riode \u2013 pour ne pas sombrer aveugle dans la ti\u00e9deur d\u2019une existence privil\u00e9gi\u00e9e. Mais tandis que de tous c\u00f4t\u00e9s s\u2019entendent des \u00ab&nbsp;v\u0153ux de bonheur&nbsp;\u00bb et des \u00ab&nbsp;messages de paix et d\u2019amour&nbsp;\u00bb dont on sait par exp\u00e9rience qu\u2019ils n\u2019auront aucun \u00e9cho concret, cette \u00e9l\u00e9gie en quarante modulations se nimbe d\u2019une r\u00e9sonance particuli\u00e8rement poignante.&nbsp;\u00bb<br>Isabelle ROCHE<br>Lelitteraire.com &#8211; article 2774 du 2 janvier 2007.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le livre de Jacques-Fran\u00e7ois Piquet est compos\u00e9 de textes brefs, plut\u00f4t des proses po\u00e9tiques que des r\u00e9cits. Chacun donne la parole \u00e0 une victime de notre \u00e9poque &#8211; et on d\u00e9couvre la voix de ceux qu&rsquo;on n&rsquo;entend pas d&rsquo;habitude, de ceux auxquels on ne donne pas la parole, de ceux qui ont disparu, dans des petits tableaux de l&rsquo;inhumanit\u00e9 du pr\u00e9sent : un vieillard \u00e0 Marseille, un veuf \u00e0 Charm-el-Cheikh, un commer\u00e7ant de Bagdad, un habitant de Cand\u00e9, un Alg\u00e9rien qui pr\u00e9cise : \u00ab&nbsp;(\u2026) si parole m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9, si j&rsquo;osais la prendre, (voil\u00e0) ce que j&rsquo;aurais pu dire (\u2026)&nbsp;\u00bb<br>Avec l&rsquo;interrogation devenue titre, Que fait-on du monde ?, l&rsquo;auteur \u00e9tablit une proximit\u00e9 avec le lecteur. Que d\u00e9signe le pronom \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb ? Doit-on le comprendre de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale ? Inclut-il chaque lecteur ? L&rsquo;auteur recense avec pr\u00e9cision des situations inhumaines ou troubles, des \u00e9v\u00e9nements sans \u00e9clat ou terribles. Chaque nom de ville devient celui d&rsquo;un pav\u00e9 de l&rsquo;enfer. L&rsquo;enfer des guerres ou l&rsquo;enfer climatis\u00e9 des villes. Pas hier, ailleurs, loin ; mais aujourd&rsquo;hui, partout. Le village plan\u00e9taire de notre \u00e9poque est loin du paradis. Le sous-titre, \u00ab&nbsp;El\u00e9gie pour quarante villes&nbsp;\u00bb, nous rappelle que ce genre de po\u00e8me exprime une plainte douloureuse. Ces voix qui parlent \u00e0 demi-mot, qui semblent chuchot\u00e9es, ces monologues troublants manifestent le plus souvent la douleur d&rsquo;\u00eatres meurtris, \u00e9touff\u00e9s, condamn\u00e9s. Pourtant ces textes n&rsquo;expriment aucune revendication, ce qu&rsquo;une citation pr\u00e9cise nettement : \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature ne vise absolument pas \u00e0 la subversion ; mais elle est pr\u00e9cieuse pour r\u00e9v\u00e9ler ce qu&rsquo;on conna\u00eet peu en l&rsquo;homme ou pour montrer le visage r\u00e9el d&rsquo;un monde que l&rsquo;on croit conna\u00eetre mais dont on est en fait dans l&rsquo;ignorance. (Gao Xingiang)&nbsp;\u00bb<br>La force de ces pages tient au d\u00e9pouillement de l&rsquo;\u00e9criture qui met \u00e0 nu des situations courantes, apparemment connues, mais emport\u00e9es dans le flot de l&rsquo;actualit\u00e9 ou tues par indiff\u00e9rence. Sans grandiloquence, sans discours, Jacques-Fran\u00e7ois Piquet a r\u00e9ussi le tour de force de rendre perceptible la barbarie et la face obscure du monde dans lequel nous vivons.&nbsp;\u00bb<br>Alain JEAN-ANDR\u00c9<br><a href=\"http:\/\/www.luxiotte.net\/liseurs\/livres2007a\/piquet01.htm\">\u00a9 Chroniques de la Luxiotte<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les lignes de vie, que sauve Jacques-Fran\u00e7ois Piquet de l\u2019oubli et du cauchemar de l\u2019Histoire, n\u2019ont d\u2019autres in\u00e9luctables perspectives que celles de converger vers le triangle de la mort. Pendant un an, il traverse les continents de l\u2019horreur, quarante villes o\u00f9 une humanit\u00e9 est sacrifi\u00e9e sur l\u2019autel de la folie ordinaire ou plan\u00e9taire. Que fait-on du monde ? L\u2019homme s\u2019interroge, le po\u00e8te r\u00e9pond sous la forme de quarante petits po\u00e8mes en prose musicale. Quarante \u00e9l\u00e9gies dat\u00e9es, qui charrient des milliers et des milliers de vies parties ou en suspens, \u00e0 travers des sentiments tendres, m\u00e9lancoliques, vibrants pour une humanit\u00e9 en deuil, sans avenir ni libert\u00e9. L\u2019homme d\u00e9\u00e7u, en col\u00e8re et impuissant, d\u00e9nonce avec ses plus belles armes litt\u00e9raires et r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel des agonisants. Endossant un je multiple, un je qui est nous, on, eux ou elles, un je qui mouille tous ceux du monde libre et prot\u00e9g\u00e9 pour le frotter \u00e0 celui des condamn\u00e9s, il se coltine le poids des atrocit\u00e9s. Il garde les yeux ouverts, reste vivant pour t\u00e9moigner, quels que soient le temps et les douleurs. L\u2019histoire h\u00e9las radote, mais le po\u00e8te est pr\u00e9sent et rend hommage aux innocents. Il nous implique dans son t\u00e9moignage, soufflant nos abris privil\u00e9gi\u00e9s et nous frottant \u00e0 la sale r\u00e9alit\u00e9 des tyrans. Fa\u00e7on Michon, dans sa forme br\u00e8ve, son \u00e9criture minimaliste et po\u00e9tique, son errance g\u00e9ographique et sentimentale qui s\u2019inscrit dans un imaginaire et une r\u00e9alit\u00e9 de la mal\u00e9diction, Jacques-Fran\u00e7ois Piquet \u00e9veille une empathie terrible sur les chemins de la torture, de&nbsp; l\u2019avilissement, de la haine et de l\u2019intol\u00e9rance. L\u2019on pense \u00e0 tous ces grands textes comme&nbsp;<em>La Pleurante des rues de Prague<\/em>&nbsp;de Sylvie Germain qui nous embarquent dans des univers de souffrance mais qui \u00e9blouissent par leur concision et leur style. L\u2019\u00e9crivain est la m\u00e9moire des oubli\u00e9s, des pers\u00e9cut\u00e9s, des battants et des absents. Une lumi\u00e8re noire brillera tant qu\u2019on l\u2019\u00e9voquera avec autant de gr\u00e2ce : \u00ab \u00c0 moins que ni l\u2019un ni l\u2019autre anonyme dans les foules qui subissent plut\u00f4t qu\u2019elles ne font l\u2019histoire, ballott\u00e9 \u00e7a et l\u00e0 sans voix sinon b\u00ealant, risquant l\u2019invisible \u00e0 force de ternir. \u00bb<br><a href=\"http:\/\/calounet.pagesperso-orange.fr\/resumes_livres\/piquet_resume\/piquet_monde.htm\">Pascale ARGUEDAS<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;(\u2026)&nbsp;<em>\u00c9l\u00e9gie pour quarante villes<\/em>&nbsp;: 40 fois, donc, une ville &#8211; une de celles que nous connaissons plut\u00f4t bien, fran\u00e7aise : \u00c9vry, Nanterre, Lens, Marseille&#8230;, europ\u00e9enne : Saint-P\u00e9tersbourg, Arlon, Madrid&#8230;, ou, plus souvent, une ville de quelque part loin dans le monde, mais dont, pour son malheur, nous avons entendu parler : Campo Loro, Kerbela, Sinuiji, Ciudad Juarez&#8230;- va se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 nous sous son jour le plus noir. Est-ce l\u00e0 le fruit d&rsquo;exp\u00e9riences personnelles, le suc d&rsquo;observations faites au cours de voyages r\u00e9ellement accomplis ? Ou une s\u00e9rie de r\u00eaveries (noires, forc\u00e9ment noires) con\u00e7ues \u00e0 partir des Informations telles que nous les lisons, entendons, et voyons (et parfois presque malgr\u00e9 nous) chaque jour ? (\u2026) Nous n&rsquo;aurons pas le fin mot de la m\u00e9thode d&rsquo;information de notre auteur. Mais quoi qu&rsquo;il en soit, d\u00e8s la premi\u00e8re page, nous voici, nous lecteurs, \u00e0 sa suite, \u00ab\u00a0p\u00e9n\u00e9tr\u00e9(s) du monde\u00a0\u00bb, comme il dit. Nous ne sommes encore qu&rsquo;\u00e0 \u00c9vry, mais, d\u00e9j\u00e0, le parti pris de l&rsquo;\u00e9criture &#8211; ce jeu de \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, disons, cette mise au pluriel du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb \u00e9tant l&rsquo;auteur-narrateur-\u00adspectateur-t\u00e9moin de la violence qu&rsquo;il d\u00e9nonce, mais en m\u00eame temps une de ses possibles victimes, ou m\u00eame son ex\u00e9cutant : le bourreau ! ou son complice ! et nous, ses semblables, ses fr\u00e8res n&rsquo;est-ce pas ? avec lui ! &#8211; ce parti pris, donc, nous a entra\u00een\u00e9s bien au-del\u00e0 d&rsquo;\u00c9vry-en-Essonne, et nous serons bient\u00f4t, \u00e0 Tbilissi, \u00e0 Belfast, \u00e0 Groznyi etc., tout aussi in\u00e9luctablement pr\u00e9sents et impitoyablement concern\u00e9s et interpell\u00e9s : nous sommes dans Le livre noir du monde. Belles \u00e2mes s&rsquo;abstenir ! \u00bb<br>Andr\u00e9e BARRET<br>Revue&nbsp;<em>Di\u00e9r\u00e8se<\/em>&nbsp;n\u00b0 147, septembre 2007.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Une \u00e9l\u00e9gie \u00e9tant, par d\u00e9finition, un po\u00e8me exprimant une plainte douloureuse, des sentiments m\u00e9lancoliques, le sous-titre du livre,&nbsp;El\u00e9gie pour quarante villes, est particuli\u00e8rement bien choisi.<br>Les quarante textes courts, entre une et trois pages, \u00e9voquent des lieux mais aussi des \u00e9v\u00e9nements qui s\u2019y sont d\u00e9roul\u00e9s sous forme g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une petite fiction dont le narrateur est un \u00ab je \u00bb omnipr\u00e9sent dans le livre comme un regard multiple sur le monde.<br>Dans un centre de d\u00e9tention en Chine, une rue de Belfast, un bordel tha\u00eflandais ou un jardin de Lens, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Evry un premier janvier ou dans un bidonville de Nanterre en 1961, le \u00ab je \u00bb est toujours l\u00e0 pour soulever un coin de rideau sur un bout de r\u00e9alit\u00e9. Le \u00ab je \u00bb ne commente pas, ne juge pas, il vit, il voit, il montre.<br>Histoires d\u2019amour, histoires de mort, de bonheur ou de mis\u00e8re, ces quarante textes constituent un livre \u00e9trange et fascinant, qu\u2019on peut lire et relire, parcourir de temps \u00e0 autre, pour ne pas oublier\u2026 \u00bb<br>Serge CABROL<br><a href=\"http:\/\/www.encres-vagabondes.com\/magazine\/piquet.htm\">Encres Vagabondes<\/a>, 13 ao\u00fbt 2007<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Rythmes serr\u00e9s et sonorit\u00e9s crois\u00e9es s\u2019entrechoquent et nous choquent de tant d\u2019effroi dans le froid de ces villes que l\u2019on croirait imaginaires tant elles sont cruelles. Pudeur extr\u00eame de Jacques-Fran\u00e7ois Piquet, qui nous laisse d\u00e9cider de nos \u00e9motions sans intervenir de face, mais sans cacher les siennes non plus. Elles sont dans la longueur presque Proustienne des phrases, au c\u0153ur d\u2019une Bagdad ou les mille et une nuits ont la saveur du d\u00e9sastre des femmes ex\u00e9cut\u00e9es. Elles sont dans les yeux du chinois, \u00e0 Paris, devant la Tour Eiffel aux couleurs d\u2019un pays Tienanmen. Elles sont dans l\u2019absence de commentaires&nbsp;devant l\u2019inacceptable. Elles sont dans la r\u00e9alit\u00e9 sourde d\u2019un voyage au c\u0153ur d\u2019un monde qui d\u00e9figure l\u2019homme, ses droits \u00e0 la dignit\u00e9, \u00e0 l\u2019expression, et \u00e0 la vie dans sa forme la plus simple. D\u2019ailleurs dans les quarante villes, Paris revient, comme Bagdad. Serait-ce l\u00e0 une douce fa\u00e7on d\u2019interpeller nos consciences parisiennes bien \u00e0 l\u2019abri des terreurs nocturnes d\u2019une ville occup\u00e9e&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>Genevi\u00e8ve SILVESTRO<br><em>Le journal litt\u00e9raire<\/em>, janvier 2007.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un lieu, une date, quelquefois une heure.<br>Pendant quarante jours non cons\u00e9cutifs, d\u2019un 1er janvier \u00e0 un 24 mars, une premi\u00e8re personne du singulier se tient dans une ville du monde. Ce n\u2019est jamais la m\u00eame personne singuli\u00e8re, ce n\u2019est jamais la m\u00eame voix. Dans chaque ville elle endosse une identit\u00e9 diff\u00e9rente, une place diff\u00e9rente, t\u00e9moin qui observe ou qui d\u00e9tourne le regard, passant d\u2019un heure ou habitant \u00e0 demeure, il arrive qu\u2019elle en change en cours de texte. (\u2026)<br>Quarante r\u00e9cits pour quarante villes du monde dans lequel nous vivons aujourd\u2019hui, quarante voix, d\u2019homme ou de femme, d\u2019adulte ou d\u2019enfant, priv\u00e9es d\u2019autre existence que la parole \u00e0 prendre au nom de la ville si elle pouvait raconter qui vit dans ses maisons, ses ruelles, ses places, qui y na\u00eet, qui y dort dehors, qui marche sur ses routes, qui y meurt, qui y est arr\u00eat\u00e9e, battue, emprisonn\u00e9e, quelquefois lib\u00e9r\u00e9e&nbsp;: Thul\u00e9, Diomira, Charm-el-Cheikh, Abou-dis, Lens, Saint-P\u00e9tersbourg, Mbabane et Bucarest, Bagdad, Sally-Portudal, Nanterre, Paris, Campo Loro, Sinuiji\u2026&nbsp;\u00bb<br><a href=\"http:\/\/remue.net\/spip.php?article2105\">Dominique DUSSIDOUR<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9l\u00e9gie pour quarante villes\u00c9ditions Rhubarbe, 2006.Recueil de proses inspir\u00e9es de l\u2019actualit\u00e9 du monde.Photo de couverture&nbsp;: Nicolas Rouxel-Chaurey.Quatri\u00e8me de couverture&nbsp;: Michel S\u00e9onnet. 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