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Dans les pas de l'autre

Éditions Rhubarbe, 2011.


Photo de couverture :
Nicolas Rouxel-Chaurey.
Couverture de Dans les pas de l'autre
Quatrième de couverture

« Dominique Dassérac n’existe pas. Mais il vient de mourir. C’est cet étonnant bout de ficelle qui nous est proposé au début du roman et qu’il conviendra de suivre afin d’en démêler l’écheveau, de Paris à Nantes, en passant par Clermont-Ferrand, et d’aujourd’hui à l’innocence perdue de l’enfance d’hier. On mènera quelque chose qui ressemble à une enquête. Mais l’objet se dérobe à mesure qu’on s’en approche. Car l’enjeu en est l’écriture même, entre fiction et autobiographie : celle de Francis Malloiseau, écrivain. »

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Premières pages

« Au moment de raccrocher, j’ai ressenti la sourde angoisse d’avant les départs, quels qu’ils soient, quelles qu’en soient la cause et la durée - je déteste partir. La conversation avait duré tout au plus cinq minutes. Le maréchal des logis-chef s’était présenté, un patronyme que je n’avais pas compris, une voix dont l’accent chantait le sud bien que l’appel provînt de la gendarmerie de Granvoul en Loire-Atlantique, ce nom-là, par contre, je l’avais bien saisi. La question qui suivit m’a d’abord laissé perplexe, puis j’y ai répondu sur un ton peut-être trop désinvolte. Bien sûr que je connaissais un certain Dominique Dassérac, j’ai dit, je ne connais même que lui : c’est moi. Le gendarme m’a remis en place : on ne plaisante pas quand il y a mort d’homme. J’ai voulu protester, mais il m’a interrompu, ajoutant d’une traite et tambour battant qu’il y avait tout lieu de penser que la victime découverte le matin même au lieu-dit « La tour penchée » et dont les restes reposaient désormais à la morgue de l’hôpital de la Boursinière répondait au nom de Dominique Dassérac. Profitant de son essoufflement, j’ai répété que ce nom-là était le mien et que j’étais quand même bien placé pour le savoir puisque c’est moi qui l’avais inventé. Silence au bout du fil. J’ai ajouté : c’est mon pseudonyme de travail, mon nom de plume, si vous préférez, car j’écris des livres, voyez-vous, mon vrai nom, j'ai précisé, c’est Francis Malloiseau, avec deux L… Silence encore. Le sol se dérobait sous mes pieds. J’imaginais le gendarme bouillant d’impatience, se rejetant le képi sur l’occiput pour s’essuyer le front d’un revers de manche. Bien que convenue, l’image m’aurait fait sourire si je ne m’étais alors entendu dire d’une voix grave et ponctuée, qui dénotait chez le maréchal des logis-chef un souci de l’effet, un vrai sens du coup de théâtre : en tout cas, monsieur Malloiseau avec deux L, c’est quand même votre numéro de téléphone que nous avons trouvé dans l'une des poches d'un vêtement appartenant, selon toute vraisemblance, à la victime, et c'est votre nom, ou pseudonyme, qui nous a été communiqué, alors… Alors, j’étais convoqué au plus tôt pour identifier le corps. »

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Coupures de presse

« Curieux roman qui désarçonne le lecteur habitué à des histoires bien cadrées, bien huilées qui ne posent pas de problème d’approche intellectuelle… Cela commence comme un polar classique : un mort, un coup de téléphone à celui qui n’est qu’un témoin éventuel, voire un suspect potentiel. Mais il est le narrateur du roman. Et c’est là que tout se complique. (…) Jacques-François Piquet va jouer de cette complexité pour tenir en haleine son lecteur et le fourvoyer à l’occasion. D’ailleurs le livre est un vaste fourvoiement délibéré : contrairement aux apparences, Dans les pas de l’autre n’est pas un polar, mais une méditation sur l’écriture et le désir de devenir écrivain. (…) »

Lucien WASSELIN,
Liberté, décembre 2011.



« Jacques-François Piquet nous donne à lire un roman dans lequel il déploie et maîtrise tous les procédés du genre. Une sorte de puzzle dont les pièces sont, avec aisance et efficacité, disposées progressivement sous nos yeux. Mais à bonne distance les unes des autres, aussi bien dans le temps que l’espace : ruptures dans le récit, superposition du présent et du passé qui déconcertent le lecteur et suscitent d’autant plus sa curiosité. (…) Il est évident que, de façon non appuyée et subtile, J-F. Piquet mène aussi une réflexion sur lui-même et l’écriture.
(…) Jeux de miroir, thème du double, fragments intimes indirectement livrés. À se demander si le suicide final, en écho à celui de Kévin, n’est pas manière de dire jusqu’à quel point l’écrivain (soit toute une part de l’homme) n’existe plus quand meurent les êtres de papier qu’il crée ou a créés. (…)
Dans les pas de l’autre, ouvrage qui, au cœur de l’œuvre forte et diversifiée de J-F. Piquet, m’apparaît comme le livre de la pleine maturité. »

Patrice ANGIBAUD,
Revue-Texture.



« Dans les pas de l'autre est un roman étrange où Francis Malloiseau avec 2 L est écrivain. Il utilise un pseudonyme : Dominique Dassérac. La gendarmerie lui apprend que Dominique Dassérac vient de mourir. Dans la poche du cadavre, il y avait son numéro de téléphone, voilà pourquoi le gendarme l'appelle. Francis Malloiseau se laisse entraîner dans le monde de ses personnages. Maitrise-t-on vraiment le monde que l'on crée quand on est écrivain ?
(…)Toute une réflexion sur les frontières qui n'existent peut-être pas, sur les parcours de vie où la vengeance va jouer un rôle essentiel, sur la quête de la vérité ou des vérités, sur le monde carcéral, sur les hasards des rencontres qui mènent là où l'on n'avait pas prévu… Parfois même Francis Malloiseau perd la trace de ses personnages.
(…) Jacques-François Piquet a su créer un univers labyrinthique pour se poser des questions fondamentales : Quelle trace peut-on laisser ? Comment exister ? Que veut dire exister ? Que reste-t-il de ce que chacun peut être dans les pensées des autres ? (…) »

Brigitte AUBONNET,
Encres vagabondes.



« C’est un roman. Quiconque a déjà lu du Jacques-François Piquet connaît son style direct, avec les mots qu’il faut, là où il faut, sans s’appesantir inutilement ni chercher des figures de rhétorique superfétatoires, ainsi le langage direct s’insinue-t-il sans autre forme de procès, de façon naturelle et logique. On entre dans son livre comme dans un flacon, puis l’on est happé par les fragrances. (…) On est complètement dans la fiction, mais le roman se déroulant, les personnages prennent une telle envergure qu’on se retourne insensiblement vers une réalité bluffante. (…) L’auteur, peut-on penser, y met, mine de rien, beaucoup du sien, et on peut comprendre que tous els miroirs sans tain qu’il place entre lui et sa création sont autant de garde-fou qu’il insère pour qu’on ne puisse remonter à l’écrivain source ou cible, qui se maquille, se travestit et se transforme, de telle façon que le lecteur ne puisse lire en lui comme dans un livre. »

Jacques MORIN,
Revue Décharge n° 152.